Lacs et cascades du Valgaudemar

Lacs et cascades du Valgaudemar

Quelques kilomètres à peine nous séparent du chalet du Gioberney, mais ils paraissent couvrir la distance de Mars à Sirius. C’est simple: Entre la chapelle-en-Valgaudemar et cette auberge isolée au coeur du cirque glaciaire, il semble y avoir plusieurs dimensions. Nous les traversons, éberlués, les tempes battues par des vents puissants. Chemin faisant, nous devinons les premières cascades, nous nous contorsionnons pour aviser les profondeurs abyssales des ravins, scrutons ces runes mystiques balafrant la vallée de tous côtés, en mémoire des vieux glaciers disparus. La bâtisse retangulaire apparaît, au pied du voile de la mariée, couronnée de sommets imposants- et pourtant vaincus l’un après l’autre. Au volant d’un véhicule d’aspect minuscule et dont la vitesse-même accuse un repli stratégique, nous savourons chaque détail du panorama. Un dessin ou un film ne serait pas si joli à voir. On a beau dire, l’approche est saisissante. Certainement l’une des plus immersives des Ecrins. L’Himalaya Français, comme l’appelait Gaston Rebuffat, offre les Rouies, les Bans, le Sirac et l’Olan sur un plateau d’argent, aux confins d’un cirque glaciaire d’une hauteur frappante. Autant de forteresses imprenables imprégnant de leur majestueuse présence l’explorateur en permission, dont l’influence sur l’univers se voit brutalement revue à la baisse.

Le Valgo démarre fort! Face à la cascade du Casset, on retient son souffle. Cette dernière se trouve sur la route conduisant au fond de la vallée. Sauvage, entaillée de déversoirs rugissants, celle-ci nous saisit par sa beauté abrupte.

L’arrivée au refuge de Gioberney est déjà toute une affaire. En faisant abstraction des nombreux véhicules amoncelés autour, l’auberge évoque le malfaisant hôtel Overlook. On y passera les 3 nuits suivantes…

Le voile de la mariée, septième du nom, célèbre le divorce de la roche et de l’eau

Le Sirac nous accompagnera tout du long. Et il en impose. Au même moment, le grand sommet historique pour la paix débute en Alaska.

L’immersion, étonnamment rapide, nous fait vite oublier les 8h de route. On se met dans le bain, un pas après l’autre.

Une modeste cascade en cravate nous distrait: Que d’eau, que d’eau pour un mois d’aout!

On débouche sur un plateau aux contrastes admirables. On nous avait décrit la montée au Lauzon comme une ballade pour enfants. C’est exactement ça! Et on adore.

C’est fou toutes ces cascades! On ne sait plus où donner de la tête. Alors on donne du rythme!

Et pis voilà, on tombe sur la merveille. Le Lauzon, tel un bonbon confit dans ce décor grandiose en technicolor presque sur-éclairé. Les 8h de voiture nous remontent dans les jambes. Quelque chose nous murmure tout bas qu’on va buller sévère!

Nous ne sommes pas les seuls à ce petit jeu…

L’encaissement oriental du cirque de Gioberney. L’Olan domine de ses 3564m le Vénéon et Valjouffrey

L’ambiance brute, très « haute-montagne » est assez prenante: La puissance du paysage tient à l’étagement ainsi qu’à la richesse de la végétation

Le sentier déborde de fleurs, les fontes bouillonnent et s’entremêlent aux rochers: Le pays nous met en joie.

Franchement, pour un avant-goût d’à peine quelques heures, sachant à quel point on était crevés, c’était parfait. Pas tant de monde que ça, une nature souriante: L’ambiance au lac était divine. Si on était un peu tatillon on dirait juste qu’il faisait un poil frisquet quand même pour un milieu d’été!

Le lendemain, la brume se lève sur le Sirac. J’ai dormi dans mon polaire, pas mal frissonné. Le petit déjeuner nous réserve des surprises: Du miel à l’état brut, alvéolé, des confitures au génépi. On s’habitue peu à peu à l’humour loufoque de notre hôte, Jeff.

Au départ du hameau des Portes, on s’élance sur le sentier GR Pays « Tour du Vieux Chaillol ». Arrivée aux lacs Pétarel à peine deux heures plus tard.

On choisit son point de vue avant de s’asseoir trois minutes, grignoter quelques noix. Une hermine mignonne bondit de pierre en pierre…

Les lacs baignent dans cette sérénité aurorale et ce silence qui laisse sans voix

Arrivés au col de Pétarel, un immense troupeau nous enlace. Plus bas, les lacs de Seyberas forment un i

De là-haut, la vue est superbe: Un bel endroit pour casser la graine.

La lumière est douce en ce début d’après-midi, sous le col de la Béranne.

A cet endroit précis, deux compères nous avertissent: Ils se sont pris une prune bien salée (68E) ce matin pour avoir dormi dehors. La distinction reste floue entre bivouac et camping sauvage (ce dernier étant interdit); le vagabondage reste un crime! Nous sommes donc des criminels! Heureusement, la tente est restée dans la voiture.

Dans la descente, on discute avec des Grenoblois qui relatent les choses ainsi: « On pensait que ce serait plus difficile d’atteindre un décor aussi sublime. » Les Ecrins résumés en une phrase.

L’Olan à la lune: Promenade digestive.

Quant au soir, avant de se glisser sous le voile de Morphée, on se glisse sous le voile de la Mariée.

Le lendemain, journée cascade. La matinée est voilée, le ciel laiteux, on se dit qu’aller voir de plus près ces beautés hautaines (vues de la route) nous les rendra plus familières, voire plus intimes. Tout d’abord, la cascade du Casset

Pas mal, pas mal… Mais allons voir Combefroide, la frigidité-même. A ces fins, nous empruntons le début du sentier menant au refuge de l’Olan. Elle se trouve sur la gauche, impossible de la manquer

Il n’y a pas vraiment de sentier pour l’atteindre: Reste à crapahuter.

D’un peu plus loin, finalement, elle se révèle plus sautillante. Le saut final s’avère un poil décevant

Petite vue au passage sur la Chapelle-en-Valgaudemar

On tombe par hasard sur l’église reconstruite du hameau de Navette, sinistré depuis les années 30, après quinze années de crues successives

Puis place à la cascade du Buchardet

Où s’ébattent de ravissants papillons

On assiste à une symphonie à tire-d’ailes

Le buchardet se décline en cinq sauts, dont presque tous les bassins sont accessibles. Il suffit de se glisser sur d’étroits sentiers, discrets mais bien marqués et de se faufiler entre les aubépines.

On passe un moment merveilleux, en tête-à-tête avec la nature… Parfois, il est inutile de marcher des heures pour se tenir à son chevet.

Un peu fraîche tout de même pour y piquer une tête!

En prolongeant un peu la marche, suivant le torrent de Navette, en direction de la cabane de l’Aup, le vallon s’étrécit, les paysages s’encaissent. On voit poindre une faune et une flore bien distincte.

Comme la Joubarbe des Montagnes, ou Barbe de Jupiter. Qu’on aime pour son côté psychédélique (Période Sweet Smoke)

On ne tarde pas non plus longtemps à retrouver une cascade, anonyme pour sa part…

On la trouve plutôt jolie…

Mais que dire du bouquet final? Après avoir atteint la cabane de l’Aup, nous faisons demi-tour, retrouvons le hameau de Navette et bifurquons cette fois plein nord, vers le vallon pastoral éponyme, où nous attend la cascade de la Buffe (qui sera la dernière du jour, snurf)

La grimpette est bien raide, mais la motivation culmine: L’environnement se révèle absolument magnifique; il nous rappelle un peu Sixt-Fer-à-cheval, en miniature, (et en plus méridional bien-sûr). L’histoire tragique du village abandonné suite à des crues à répétition se devine un peu face à cet entonnoir… Il paraît même très étonnant que le village ait pu tenir si longtemps dans cette situation « exposée ».

La cascade de la Buffe dans son décor sauvage de granit et de gneiss, ponctés de belles pentes herbeuses

Des orgues impressionnantes nous encadrent. Nous nous jurons de revenir dans quelques jours pour grimper le Chapeau- un petit sommet à proximité. Cela dit, le déroulement de la journée nous a enchanté. Le temps s’est levé finalement et on a pu profiter d’une belle palette de sensations, plutôt inattendue dans les Ecrins.

Seulement, voilà! Comme on dit, la chance tourne. Je me choppe au pire moment une intox alimentaire et je ne dors pas de la nuit. A l’aube, inconsolable, j’annonce mon forfait à Najate: Trop émoussé et nauséeux, on décide de remettre à brève échéance ce petit tour du valgo par le refuge des Pigeonniers, du Chabournéou et de Vallon-Pierre. Avec le recul, c’était une bonne décision. Je n’aurais pas été en état d’apprécier la marche. Bien qu’amputé de son plus gros morceau, notre séjour dans le Valgaudemar nous a laissé une impression exaltante. C’est clairement, avec le Vénéon, notre secteur favori des Ecrins. Malgré cet imprévu m’ayant scié les pattes, on a quand même pris la température du Valgo, assez pour nous dire qu’on y referait un saut!

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