
On vient de re-basculer côté île du nord: Les plages d’Abel Tasman sont déjà un lointain souvenir, nous re-voilà dans la campagne verdoyante du nord. Ça moutonne pas mal sur terre comme au ciel, on déboutonne rarement la chemise, une éclaircie de temps à autre… Ayant reporté certaines randonnées prévues au départ, nous avons le luxe de prendre tout notre temps (« tu l’as vu ce mouton? Il a cligné de l’oeil nan… ») d’ici notre escapade dans le parc du Tongariro, à priori notre dernière sortie majeure. En somme, on connait notre point de destination, pas les étapes qui nous y conduiront, c’est assez excitant. D’autant que l’île du nord a certains avantages: D’une part, il n’y a plus de sandflies, va savoir pourquoi. D’autre part, on peut camper plus facilement n’importe où.
Maraetotara falls

Les plages du nord, la géothermie du centre, les forêts humides des bordures, et les petites gorges qu’on prend un grand plaisir à remonter… Voici les Maraetotara falls qu’on peut rejoindre à partir de Napier


Nous aimons beaucoup les cascades, chez d’autres cela tourne à l’adoration

Un aperçu de la région, alternant entre vignobles et collines d’un joli brun cannelle
Shine falls

Rouler des heures pour voir une chute d’eau possiblement à sec, en empruntant une route poussiéreuse suivie d’un sentier condamné par le D.O.C et qui continue de s’effondrer, tel est notre sport. Il en faut de la passion pour accepter ces moments de doute et d’amertume en cas d’échec d’une exploration. Le miracle, c’est qu’il n’y en eu aucune ou presque au pays des longs nuages blancs…

Quelques moutons farouches nous ouvrent la voie…

Nous nous sommes lancés à la poursuite de Shine Falls, espérant que nos efforts ne soient pas vains et qu’elle nous éblouisse. Bonté divine, c’est exactement ce qui s’est passé! Rares furent les cascades hors d’Islande (qui en est la Mecque) à nous éberluer à ce point. On aurait dit un temple Birman recouvert d’algues, enveloppé dans une forêt de fougères argentées. Il y avait là comme une aura de sorcellerie…

D’ailleurs les augures furent nombreux. Un faucon nous toisa longuement, face à face énigmatique…

Après ce tête à tête recueilli et dévoué face aux plus incroyables chutes qu’il nous fut donné de voir ici…

Ce détour par Weber valait vraiment le coup. A présent, cap sur Dannevirke, notre point de chute du jour.

A propos de chutes, on passe admirer les Waipunga, où un Tui nous gratifie d’une sonate

Nous dormons à côté d’une bergerie chez deux excentriques d’origine Danoise, près de Taupo

Au réveil, la terre n’est plus tout à fait la même…
Tongariro National Park

L’objectif du lendemain? Nous n’en avons pas, nous n’en sommes pas sûrs. (Il s’agit en fait du Ruapehu)…

Après quelques hésitations, nous sommes entrés dans le Parc National du Tongariro, au visitor’s center, où nous nous sommes enquis des prévisions météo. De gros orages sont en approche. Alerte rouge!

Au loin, est-ce la montagne du destin? Le Ruapehu culmine à 2797m, et pour ce qui est du destin, on passera voir plus tard.

Taranaki Falls, sur le sentier du même nom. Nous prolongeons la marche jusqu’aux Tama Lakes


C’est joli, quoique pelé. Le temps s’avère instable et froid sur la lande, mais rien de franchement menaçant, du moins jusqu’ici. Les paysages s’accommoderaient bien de plus vifs contrastes.

On croirait que le cône vapote les nuages

La gorge reparaît, dans un soleil retrouvé…

Le lendemain matin, les prévisions sur l’Alpine Crossing semblent défavorables, aussi nous concoctons-nous un petit programme de sauts de puces et d’approches. Venir aux Golum’s Pool après 10h ne serait pas raisonnable.

On essaie de se remémorer la scène où Golum dévore un poisson… En vain (une relecture s’impose)

Ensuite, on remonte les Silica Rapids, par un ciel Céruléen

De brefs éternuements d’eau surviennent au fil des résurgences

Un milieu fragile, à la géologie particulière

La boucle redescend par la route Bruce…

Les points de vue sur le Ruapehu se multiplient, où qu’on aille

Après plusieurs tentatives infructueuses, on parvient enfin à atteindre les berges du lac Rototo

En chemin, on manque d’écraser un grand paon de nuit, hélas déjà mourant.

Plus tard, le cratère se dégage presque, peu avant la tombée de la nuit

Dans une atmosphère apocalyptique, digne du Mordor…
Tongariro Alpine Cross

Puis le grand jour arrive: Tongariro Alpine Cross, nous voilà!

Les conditions sont parfaites, on a bien fait d’attendre. Après un trajet en navette (obligatoire) jusqu’au point de départ, une file de marcheurs progressent jusqu’aux principaux cratères.

Mystérieusement, nous arrivons à être seuls…

Jusqu’au cratère rouge /// Le rouge évoquant tant le feu de l’enfer que la mystique martienne


A partir de là, les paysages commencent à s’emballer. A ne plus se rapporter à rien de connu, de déjà vu avant. On a exploré pas mal de volcans, mais celui-ci impressionne vraiment,

Comme ce lac flottant au milieu de nulle part…

Vers 10h, on a déjà bien faim, alors on se trouve un spot plutôt sympa, hors-sentier

Les points de vues depuis le lac nous électrisent. On attendait beaucoup de cette marche, et c’est ce qu’on a!

On ne peut s’empêcher de se demander ce qui se passerait si le volcan se réveillait en sursaut, quel genre de course contre la montre rocambolesque cela impliquerait et si on en réchapperait vivant. Enfin bon, jusqu’ici, tout va bien!

Au Japon, près de Tokyo, lors de l’éruption du Mont Ontake, en 2014, tuant 57 randonneurs, il est établi que plusieurs personnes parmi les victimes restèrent sidérés devant les prémisses, voire que certains passèrent leurs derniers instants à prendre des photos.

Nos chances de survie commencent quant à elles à remonter en flèche, frôlant les 100%

Dans la descente, on retrouve le lac Rotoaira, aux rivages interdits.

Les Dieux nous ont été cléments. Tout a bien fonctionné jusqu’ici. Il ne faut quand même pas bouder tous les classiques!
Retour vers Auckland

On finira la journée devant un ciel artistement ciselé, se métamorphosant sans cesse sous nos yeux, comme pour nous dire: « A quoi bon vous casser les pieds à monter voir de belles choses, puisque tout est là? »

Bon et puis voilà, mine de rien nous allons sur notre dernier jour ici, à l’autre bout du monde. Que d’aventures fantastiques n’avons-nous pas vécu, que de souvenirs inoubliables et d’excursions épiques… C’était un voyage unique en son genre, et singulièrement varié.

Ce matin, la brume se lève doucement sur l’étang où nous avons passé la nuit.

Finalement, on peut rester paisible face au Dieu-Volcan, à condition d’avoir un bon bouquin…

De retour à Auckland, nous refaisons la même balade mais en sens inverse: comme un raccourci de notre boucle

Épilogue: Ces trois jours dans le Tongariro auront été un magnifique dénouement à notre voyage en Nouvelle-Zélande. De nombreuses choses nous ont étonné dans ce pays. Tout d’abord, la beauté des ciels, la limpidité de l’air, liée à l’absence de pollution. Ensuite, la virginité sauvage des vallées montagneuses, presque dénuées de villages ou d’infrastructures. Plus tard, nous avons constaté à quel point les montagnes étaient « dans leur jus » et dépeuplées, les touristes se concentrant sur les great walks, sur les rivages maritimes. Il est arrivé que nous ne croisions personne, que nous nous retrouvions absolument seuls sur les pistes, nous ne nous y attendions pas. Est-il la peine de souligner à quel point cela nous a plu? Enfin, pour conclure, la diversité des paysages sur un espace relativement restreint nous a émerveillé. Nous en avions entendu parler, mais c’est sans aucun doute le gros point fort de ce trip: Un parcours à cheval sur deux îles qui concentre les beautés insulaires et Alpines de régions du monde situées aux antipodes: Telles que l’Écosse, Hawaï, la Norvège, l’Afrique du sud, l’île de la Réunion, la Suisse… Bref, un puzzle climatique esthétiquement stimulant! Lorsque nous avons ramené Hunky Dory à l’écurie, propre comme un sou neuf, une émotion particulière nous saisit: Aujourd’hui, je dirais qu’il devait s’agir d’une forme de tristesse résignée et de gratitude mêlées. Rendre les clefs fut une sorte de déménagement ultra-sec. Jamais je n’aurais cru qu’un grincement de portière me troublerait à ce point.


