Si l'on devait revenir un jour sur la côte ouest de l'île du sud, il ne fait aucun doute qu'on reprendrait les chemins des monts Aspiring dont le côté aventureux nous a emporté. Pile poil entre le mythique Mont Cook et le fabuleux Routeburn track, ce parc national aura été notre découverte la plus captivante, à commencer par le Brewster Glacier.

Abel Tasman Coastal Track-le retour
On entend souvent dire que « l’été n’a pas commencé » qu’il « pleut vraiment tout le temps » mais pour ce qui nous concerne, la chance nous sourit. Nos principales randos se sont passées au sec, nous n’avons essuyé ni orage ni tempête. En cas de mauvais temps, nous allons voir ailleurs, dans l’habitacle d’Hunky Dory, voir si l’herbe est plus verte quelques miles plus loin. En l’occurrence, le temps n’est pas fameux à l’entame de cette sixième semaine. Une heure nous sépare du littoral nord, et c’est avec un soupçon de gourmandise que nous abordons les rivages d’Abel Tasman et de l’océan Pacifique.

La quête du pingouin jaune reprend pour nous; on gambade dans la pampa, longeant les plages ensoleillées…

Des vasques d’eau fécondes s’étoilent quand la marée débonde

Ayant jeté mes espadrilles, je randonne pieds nus autant que possible… Aussi incroyable que cela paraisse, nous ne nous sommes pas encore baigné dans l’océan Pacifique!
Rawhiti Cave Track

Dans la vallée de Dry Creek, nous faisons alors une très étrange découverte: Celles des grottes de Rawhiti, aux structures aussi biscornues qu’envoûtantes. Ces grappes de stalactites croissent vers la lumière en raison de leurs interactions avec les algues, créant des formations phytokarstiques plutôt curieuses. Agencement d’une grande fragilité, mais aussi et surtout, d’une beauté baroque.

On croirait des glaives tordus. De loin, les Rawhiti caves s’apparentent à une gueule béante, dégageant une fumée opaque, à une mâchoire édentée. Espérons qu’aucune dent ne se déchausse…

On reste bouche bée devant ces créations de la nature, ces hybrides entre mousses, roches et algues…

Wainui Falls

La région fourmille de jolis coins, auxquels on ne s’attendrait pas. Comme, par exemple, cette cascade, toute proche de la baie:

La Wainui Falls s’atteint par un chemin ombragé le long d’une gorge sauvage

Une fois encore, le paysage change à toute vitesse: On passe d’une sorte de lande maritime à un alignement de peupliers puis à une forêt tropicale humide bordant la gorge jusqu’ici

Pour en revenir aux plages, si belles quand les ombres s’allongent…

Au royaume des agapanthes, on suit sa pente et on arpente, ça ne s’invente pas…
Wharariki Beach

Sur les conseils d’un confrère voyageur, nous nous rendons à l’embouchure de Farewell Spit et empruntons une petite route de sable en direction de la Wharariki Beach. C’est apparemment un lieu très connu, figurant dans tous les guides, et on s’arrache certains spots pour des séances shooting effrénés. On débarque tôt sur place.

Le sentier d’approche est déjà captivant: Il ne manque que le soleil.

Najate a l’air de grimper alors qu’elle marche sur la plage: Trompe-l’œil involontaire (les meilleurs je trouve)

Quant à lui, il marche sur l’eau! A la faveur du silence environnant, nous croisons promptement un lion de mer, plutôt sympa mais pas très causant.

Notre nouvelle ami alterne les postures indéchiffrables

On se fait plein de potes aujourd’hui…

Blague à part, la plage nous a emballé. On a envie d’en profiter à fond. Après le déjeuner, plutôt que de pousser vers l’isthme de Farewell, on s’en retourne voir Ricky, cette fois par le chemin des dunes. Les arches immenses nous impressionnent!

On se sent vachement petit, du haut de son mètre quatre-vingt-dix…

On s’égare avec délice dans les labyrinthes creusés dans la falaise, aux miroitements infinis…

Puis re-voilà notre pote Ricky…


Quand vient la nuit sur Collingwood, on frissonne devant tant de calme et de beauté. Le quarantième rugissant, d’assez sinistre renommée, ne fait souffler aucune tempête dans notre sillage. Nous sommes reconnaissants du simple fait d’être vivants…
Separation Point

Le lendemain, nous reprenons la marche côtière un peu plus au nord en direction de Separation Point


De loin, nous avons pris ce cormoran pour un pingouin

On sort ponctuellement du sentier pour explorer les écueils à marée basse

De magnifiques sculptures Neptuniennes émergent…

Autant de grottes creusées dans la falaise que de trous dans un gruyère. On en explore certaines, scrutant la marée.

Plusieurs très jolies plages se nichent sous le sentier côtier d’Abel Tasman (Great Walk) et ne sont accessibles qu’en hors-sentier

La marée effleure la terre dans la lagune silencieuse

Journée de marche au bord de la mer, très fructueuse sur la fin, et peuplée de formations rocheuses singulières..
Retour vers Nelson

Tout commence par une vue familière, celle du Hawkes Lookout, situé sur Takaka Hill

Si-il est une ville au sud qui transpire la classe, c’est bien Nelson. On y trouve des cafés branchés, des studios d’enregistrement, des galeries d’art, un temple maçonnique et de jolies églises, Anglicanes pour la plupart.



Une fois n’est pas coutume, nous ne faisons pas grand chose de la journée. Flâner à Nelson, rouler sans but dans la péninsule, lever la tête de temps à autre. Une seule chose est fixée: Nous irons manger des moules à Havelock!

Morning! Les moules étaient très bonnes et la route littorale reliant Havelock à Picton, toujours aussi radieuse
Picton et sa côte

Plus tard, nous assistons au Picton Maritime Festival Trust. Puis on nous conseille une route panoramique…

Laquelle regorge de criques aux grottes intimidantes

On s’élève dans les collines, admirant toutes les nuances de bleu et le squale qui s’y prélasse

Puis voilà qu’on arrive sur une plage et que le miracle se produit: Nous nous baignons! Grâce à la présence de secouristes, nous affrontons les courants (chauds et froids) et sortons de l’eau, heureux comme des papes…

Plus tard, nous explorons arches et grottes…

Une myriade de baies abritent des plages plus belles les unes que les autres. Un gros coup de cœur!


On gagne de beaux points de vue sans se fouler. La situation est bien dégagée, on se détend les zygomatiques.

Demain, nous prendrons la poudre d’escampette et le Ferry pour Wellington (zeugma)

De retour sur l’île fumante, nous adressons un dernier adieu à Jade sur le pont du Ferry. Jade, c’est le nom qu’Hunky Dory a choisi pour parler de l’île du sud. Cinq ferry assurent la navette sur les 92kms qui séparent Picton de Wellington. Le détroit de Cook est considéré comme l’une des voies maritimes les plus difficiles au monde, pourtant, en dehors du vent tout à fait incroyable, nous bénéficions une fois de plus de conditions très favorables, propices à de longues tirades sur le pont. « Quand la mer est tranquille, chaque bateau a un bon capitaine. »



Les dernières langues de terres nous tirent de notre rêverie.
Pakuratahi Forest

Grosso modo, la traversée s’est bien passée. Nous débarquons à Wellington en milieu de matinée, le temps de déjeuner et de louer des vélos pour découvrir la Pakuratahi Forest. Un excellent choix!

Norbert Creek Loop

Puis en cherchant un coin tranquille pour dormir, on se retrouve par hasard sur un lieu de pèlerinage du Seigneur des Anneaux. Des foules de Kiwis, petits et grands, jeunes et vieux, se déversent dans la gorge. Nous n’avions encore jamais vu autant de monde: Petits sauvageons que nous sommes, l’occasion est trop belle de bifurquer à l’improviste sur la charmante Norbert Creek Loop. Laquelle longe un moment le ruisseau Norbert

Nous apprenons au fur et à mesure où nous avons mis les pieds: Une scène du Seigneur des Anneaux s’est effectivement tournée ici, dans le Kaitoke National Park, qui semble regorger d’endroits surpeuplés. Un peu plus tard dans l’après-midi, nous lançons quelques petites marches dans les environs, dans une quiétude relative.

On fait donc un bref périple autour de Rivendell, territoire relié aux Elfes dans la Saga

Une scène très solennelle a dû être tournée ici (nous n’avons pas le film en tête…)

Hunky Dory nous appelle aussi irrésistiblement que l’Anneau appelle Frodon. La route nous conduisant au lac Wairarapa n’est pas désagréable à suivre.

Ni le lac en question, auprès duquel nous restons dormir…

Dans un pâturage verdoyant. ZZZ…
Pinnacles de Putangirua

Nous voilà repartis dans une randonnée plus conséquente, dans un environnement réputé pour ces curiosités géologiques et, je vous le donne en mille, pour avoir servi de décor… au Seigneur des Anneaux… Il s’agit des Pinnacles de Putangirua

L’endroit est assez extravagant, en effet. On dirait un peu la Cappadoce, en plus ramassé

La boucle est intéressante. Il faut tout de même noter que le sentier est officiellement fermé: D’où l’entretien inexistant du dernier tronçon sur le retour

On s’oriente vers le Cap Pallisser avant de faire demi-tour

On remonte vers le nord par les route de l’est. L’autoroute commence à nous enquiquiner, alors nous prenons la route 54, qui boucle sur Dannervirke. Et là, c’est la merveille! L’une des plus belles routes du pays…

Les paysages sont certes moins sauvages et escarpés que sur l’île du sud, mais toutes ces nuances champêtres nous séduisent.
Waihi falls

Waihi falls semble souffrir d’un léger coup de chaud… On descend pour en avoir le cœur wet

Hélas, il se confirme que l’eau manque

Vue sous cet angle, on ne regrette pas le déplacement

Un aperçu de la région traversée, mi prairie mi savane.
Le chemin du retour, bien présent dans nos esprits, serpente entre les collines du Gondor, entaillées de gorges et de ruisseaux cristallins. Les routes de l’est offrent nombre de paysages majestueux, à condition de sortir de la Highway. Parmi elles, la très secrète route 52, que nous rêvons de pouvoir refaire un jour à bicyclette. Cheminant vers la région des volcans, au centre de l’île, nous déroulons lentement, la carte sur les genoux, avec l’espoir de faire des découvertes. Entre les cyclones, les tempêtes et les pluies diluviennes, nous devons composer avec la fermeture de certaines routes et de certains sites d’intérêt.


