
Noël approche. Pour notre troisième semaine, nous avons la ferme intention de ralentir le rythme de notre road-trip quitte à couvrir moins de distance sur la route et à ramifier dans une moindre mesure. Les heures passées à rouler nous fatiguent un peu et ne nous permettent pas de marcher autant qu’on le voudrait. Tout dans la vie est une question d’équilibre et on ne pense pas l’avoir encore trouvé, après notre première quinzaine. Cela dit, nous arrivons à rester en forme, notamment en courant de temps à autres (surtout Naj) et en multipliant les échappées. Manière de dire qu’on ne se tourne pas les pouces et que nos semelles ne refroidissent jamais.
Tasman Glacier-Blue Lakes

Réveil au camping Glentanner devant le capitaine Cook

Le Mont Cook est à la montagne ce que Brad Pitt est au cinéma: Le beau gosse absolu! Rien d’étonnant à ce qu’une foule de gens se pâme devant lui…

A l’entame de cette troisième semaine, nous n’avons d’yeux que pour Cook. Nous lui tournons autour comme deux abeilles affamées, le courtisant sous toutes ses coutures. Nous explorons d’abord les Lacs Bleus (qui se trouvent être verts) puis la lagune glaciaire du Tasman Glacier. Un feu d’artifice pour amateurs de paysages givrés!

Les mal nommés Blue Lakes

Nous vient l’idée de descendre fureter dans les moraines

Des icebergs flottent pénard dans la lagune glaciaire

On fait le tour du lac, pour finir par y tremper les pieds… Devant une petite famille indienne qui fait de même

C’est bien simple, si nous étions charmés jusque-là, nous sommes à présent émerveillés par l’ambiance polaire et l’énergie mystérieuse que dégage le glacier. Nous hésitions un peu à parcourir la Hooker Valley, mais notre choix s’avéra satisfaisant pour une demi-journée d’exploration.


Sur la route de Twizel, nous tombons en arrêt devant les eaux prodigieusement claires du lac Pukaki. Parfois, on croirait que l’eau émet plus de lumière que la voûte céleste.

Après Twizel, on franchit Lindis Pass


Arrivés dans la région de Wanaka, nous trouvons un camping gratuit, puis nous nous hasardons le long de la rivière. La prolifération des lapins transforme la région en gruyère. Il y en a absolument partout, mais ils ne figurent pas sur la carte des restos!
Sawyer Burn Track

Nous nous lançons le lendemain sur le Sawyer Burn Track, s’élevant au-dessus du lac Hawea.


Le décor rappelle vraiment les Alpes du sud, celles que nous connaissons bien.

Nous qui pensions nous jeter dans ces eaux bleues, après une bonne marche, ce sont des mouches noires qui se sont jetées sur nous. Oui, en quelque sorte, notre première rencontre au sommet avec les sandflies. Ni une ni deux, après vingt piqûres, j’ai finalement dû renoncer et me rhabiller dare-dare, criant à Naj de faire de même. Comme disait le poète: « Les mouches des sables, ça vole bas et en escadrilles. »
Rocky Mountains Track

La suite nous amène dans la région de Glendhu Bay, à l’assaut des Rocky Mountains, via le Diamond Lake, d’où l’on domine le lac Wanaka.

Un peu plus haut, c’est un panorama magnifique sur le lac Wanaka qui se dévoile

The call of Glendhu


La ballade s’achève sous des rafales puissantes, annonçant un changement de temps imminent. Encore qu’à ce propos, le ciel couve un orage latent qui n’éclate jamais, en tout cas pas sur nous. Ce fut une belle journée, à cheval au-dessus des lacs.
Autour du lac Wakatipu


Au réveil, l’atmosphère s’est couverte. Il a plu une partie de la nuit: D’où notre hésitation à lancer une longue marche. Divaguer sur les crêtes n’aurait pas grand sens, ainsi, à nouveau, la bougeotte nous reprend. On se jure de revenir à Wanaka, et persistons dans notre tactique: En cas de pluie, on met les gaz et avale du kilomètre.

Pour rallier Queenstown, nous empruntons une route splendide dans la vallée de Cardrona.


Nous grimpons un peu au-dessus de Queenstown, vers le Crown Range Summit, entre deux ondées. Jusqu’ici, l’été hésite, le soleil trébuche… On ne voit que rarement deux belles journées d’affilée. Après, il faut avouer qu’il en résultent de splendides lumières, inondant les collines de leurs vifs contrastes.

Nous sommes allés dormir à Kingston, au sud du lac Wakatipu. La ville était plus calme. Queenstown, sauvages que nous sommes, bourdonnait trop à nos oreilles. Nous avons même eu droit à un bouchon! Ici on se dégourdit les jambes aux Devils Staircases.


Les environs de la petite bourgade de Kingston ruissellent de brume, de verdure et de boue.

Suite à quoi, enhardis par une brève éclaircie, nous faisons le tour du Wakatipu et profitons du coin.

En route pour Glenorchy, le Wakatipu s’élargit, avec en toile de fond, les Alpes du sud.

Le décor grandiose de Route Burn Track s’esquisse. Glenorchy derrière nous, nous suivons la route…
Diamond Creek Track

Petite promenade pieds nus ayant pour objectif le lac Reid. De mémoire, la marche s’intitulait Diamond Creek Walk. Je m’étais juré d’aller marcher pieds nus dans la forêt vierge ou d’aller faire mes courses sans godasses. Il s’agit d’un bon terrain de jeu pour commencer à déchausser: 8kms, quasi plat, avec une dominante de sable. Enfin, il y a bien quelques graviers. Au début, on serre les dents, et puis on lâche prise. On apprend à poser le pied comme un objet précieux, une tasse en porcelaine sur une table en verre, sans la faire claquer. Le meilleur vient quand on ferme les yeux: on frôle le nirvana. L’espace de 100m. C’était franchement cool…

Par ailleurs, la balade était très belle.

Nos mésaventures avec les sandflies se poursuivent et s’aggravent. Nous commettons l’erreur d’établir notre campement à proximité d’une rivière. Au Sylvan Campsite, situé au bord de la Dart River, nous étions prévenus: « Sandflies are insane! ». J’avais mal fermé une portière et ces petits carnivores ont envahi notre espace. S’en ai suivi un carnage, plusieurs centaines de moucherons écrasés, et notre tranquillité nocturne envolée. Par ma faute, nous passerons la pire nuit depuis notre arrivée. Nos chevilles n’en finiront plus de gonfler.
Routeburn Track

Bien que remettre nos chaussures soit désormais douloureux, nous trouvons l’énergie et la motivation pour émerger à 6h du matin. En effet, un morceau de choix nous attend: Route Burn Track, élue comme l’une des 9 plus belles randonnées de l’année (classement Forbes 2012). Non, enfin, je veux dire, l’une des great walks du pays. On débute à la fraîche dans la forêt humide, ça grimpe tout doux, puis on franchit quelques ponts. A vrai dire, ce prélude nous paraîtra un peu long, Najate à l’allée et moi au retour.

L’eau est d’un bleu intense, typique des lagons. Vue l’heure, il fait frisquet, on garde sa polaire…

Après deux bonnes heures de marche rapide, on débouche sur un vallon sauvage (creek) marquant le début des hostilités. La pente va désormais s’accroître jusqu’au Routeburn Falls Hut. On évolue sur des sentiers sauvages à flanc de parois, avec un certain nombre de cascades et de passerelles à traverser.

De soyeuses forêts de hêtres aux racines tortueuses enveloppent la rivière Routeburn

La belle cascade du Hut nous rafraîchit, et à partir de ce verrou glaciaire s’inaugure un superbe vallon menant au lac Harris




Les vues sur le lac Harris se succèdent sans qu’il soit possible de joindre les berges. La légère déception induit une série de mauvaises décisions, menant à un hors-sentier délicat, dans le bush épineux, les tourbières et les mousses. Sortir à ce point du chemin n’était clairement pas responsable et – promesse d’ivrogne – je me jure de ne plus le refaire.



Après 26kms parcourus, nous n’en menons pas large. Bien que le dénivelé ne soit pas si conséquent, nous avons souffert sur la fin, du fait d’une nuit épouvantable et de la chaleur, aussi ai-je trouvé le moyen de me tordre la cheville. Finalement, plus de peur que de mal. Notre première great walk nous laissera de ce fait des souvenirs contrastés, bien qu’il s’agisse d’un sortie captivante, au moins dans son dernier tiers.

Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, nous quittons Queenstown pour Te Anau. La route conduisant aux fiordlands est assez planante, comme le sont la plupart des routes Néozélandaises.
Te Anau

Nous nous sentons immédiatement à l’aise dans cette petite ville de Te Anau. Pour faire connaissance, une marche autour du lac éponyme nous plonge dans la douceur de vivre locale, loin des foules de Queenstown. Il est possible de louer des vélos pour parcourir le cycle trail, allant d’un lac à l’autre, ce que nous hésiterons à faire. Puis finalement, nous opterons pour un sentier pédestre bourré de charme en marge de Manapouri
Manapouri

Longeant la Fraser’s beach, nous apprécierons de marcher pieds nus sans but précis dans la nature en laissant le sable fin nous caresser la voûte plantaire ainsi que les galets. Les mouettes semblent assez joueuses dans les parages

Un étroit passage se fraie dans les sous-bois

On déambule longuement autour du lac, dans les hautes herbes et les joncs, se laissant gagner par le calme des lieux. Il est étonnant de constater à quel point ce pays – aussi célèbre qu’il puisse paraître – regorge d’endroits déserts et pittoresques.

C’est aussi bien-sûr une question d’heure. Mais c’est bien connu, pour être heureux, il faut tout faire à l’envers

En somme, une journée de repos bien mérité, dans un cadre magnifique et prometteur pour les jours suivants…
Jogging au Kepler Track

De potro minet, on part se renseigner à l’embarcadère de Pearl Harbour (!) et s’étirer un peu pendant que le café refroidit. A certains moments, ce style de vie nous comble tant qu’on a juste envie de remercier sa bonne étoile, de serrer un arbre dans ses bras ou de plonger tête la première dans une eau à 8°. Un bonheur intense nous inonde, tout prend sens. Tiens, et si on allait jogger sur le Kepler Track?

Plus motivée à la course que moi, Najate file devant tandis que je m’immisce dans les fourrés: Je ne parviens pas à savoir si les fantails m’attirent sur leur territoire ou si ils me repoussent par leur vol préventif. Entre eux et les robins, mon cœur balance…

Le Robin en question, darde mystérieusement, ou guette les insectes qui vous font suite…Toutouwai est son nom Maori. On l’appelle aussi le miro Rubisole. Tout un poème cet oiseau.
Prémisses du Fiordland

Plus tard, sur une plage de galets (superbes œufs mouchetés) en marge de cascade creek campsite nous continuons à ralentir, à étirer entre nos doigts la pâte chaude du présent…

Cet homme marche d’un pas lent et décidé vers « là où rien ne souffle »

Blague à part, nous lançons une première incursion dans les Fiordlands, sur la légendaire Milford Road

Une fois encore, la profondeur céleste nous ensorcelle

Toujours fidèles aux lieux apaisants, nous retournons à Te Anau, puis à Manapouri. Qu’est-ce qui s’est vraiment passé? Nous ne le saurons jamais. Cela en enrage certains et en assagit d’autres.

Jusqu’à la tombée de la nuit, se prolonge cette méditation. Mon esprit semble se vider de ses mauvaises eaux et de ses nuages noirs: Je ne souhaite plus tant savoir ce qui advient dans le monde. Là où je suis, tout fait sens. Moi qui souffre d’agitation chronique, qui peine à m’endormir avant trois heures du matin, moi qui ait l’esprit alerte et qui veut tout connaître, au point de parfois frôler l’abîme, je m’endors ici comme un tronc, aux côtés de Najate qui, elle aussi, se déleste de ses scories. En un sens, nous commençons à peine à « entrer » dans ce voyage, à le faire « nôtre ». Cette troisième semaine s’achève sous le signe de la sérénité et de la lenteur.


