
La semaine précédente s’est fini en apothéose: En effet, le Mont Shrimpton fut pour nous un grand moment de fête, une ascension inoubliable. Mais comment donc se douter qu’il serait détrôné dès le lendemain! Que l’une des plus belles randonnées de notre vie nous attendait, quelque part dans les chaînes des Monts Aspiring!
Brewster Glacier

La sortie du jour débute au même endroit que la cascade Fantail Falls, dans le prolongement du col de Haast

On s’élève dans le Bush, jusqu’au Brewster Hut, où la plupart s’arrêtent

Entrée imminente dans le royaume des glaces

Un pont de glace marque l’entrée des grottes et des lacs souterrains

Derrière nous, un paysage sculpté par la gelure, comme tatoué par les brûlures de l’eau

Quelques instants avant l’exploration, nous sommes tout sourire, mais tremblons intérieurement…

Dans ce type d’expéditions, le sol que nous foulons nous exalte à la manière d’une mystérieuse œuvre d’art


L’entrée dans la caverne de glace ouvre en vérité sur un abîme glaciaire: L’air s’y refroidit rapidement, les songes prolifèrent…

Les parois alvéolaires dévoilent leurs pièges à lumière et leurs irisations

Superbes nuances de bleu… On reste comme fascinés.


Une multitude de cascades dégouline de toutes parts, telle la transpiration du glacier…

De retour à l’air libre, nous arpentons minutieusement le déversoir du glacier Brewster, à la recherche d’une coupe sacrée ou d’un trésor hors du commun. Qu’il fut déchirant de quitter ces lieux sans avoir débusqué d’inscription en vieux Norois: J’envie nos confrères qui bivouaquent sur place; rarement eu autant de mal à tourner les talons.

On entame la descente, dans une minéralité gothique, nous évoquant nos propres déchirures internes…

C’est encore une fois une randonnée qui s’effectue sur deux jours; nous l’avons faites en une journée. Malgré cette contrainte de temps, nous avons pu approfondir la zone glaciaire, en débutant très tôt la marche. Cela dit, dans ce cas précis, ce fut un crève-cœur de redescendre avant le coucher du soleil.
Sur la route des westlands

Quelque part, on aurait pu rentrer après ça, baisser les stores, écran noir. Après une folie pareille, l’euphorie prend nettement le pas sur la fatigue. Nous venons de nous avaler 4500m de dénivelé en trois jours, le temps n’a jamais été aussi radieux, et nous nous demandons si cette belle série de grandes marches ne s’enrichirait pas d’une petite incursion dans la vallée de Copland. Cette fois, le dénivelé serait plus raisonnable (à peine 800m) et on couronnerait cette nouvelle escapade d’un délicieux bain délassant dans les sources chaudes.

Sur la route, on éprouve tout de même un léger pincement à l’idée de quitter le parc d’Aspiring Mounts
Bivouac à Copland track

Ainsi s’ouvre la Copland Valley, dans les Westlands, avec en ligne de mire, les hot pools du fond de vallée

La marche se déroule intégralement en forêt, 16km de forêt tropicale relativement fréquentée en raison des bains chauds…

Nous avons débuté autour de 14h, lourdement chargés. Cette fois, nous avons prévu d’aller camper sur place, en marge du Flat Hut. Le territoire est infesté de mouches des sables et plusieurs panneaux faisaient mention « d’attaques » de Nestor Kea, capables de vous becter vos essuie-glaces… En attendant, on se régale pas mal, le long de la rivière Copland, jusqu’à ce qu’une certaine lassitude nous engourdisse les membres: Aucun signe de délinquance aviaire n’est toutefois à noter.


Même sous un ciel voilé, l’eau reste d’un bleu absolu! On traverse d’ailleurs onze ponts suspendus avant d’atteindre le Hut, dont certains sont assez flippant dans leur genre

Bien qu’elle s’étire sur 16km et qu’elle nous ait parfois lassée, cette forêt tropicale de montagne a un caractère bien trempé, avec de flamboyants arbres de noël et des traversées de torrents épiques

Une idée de la hauteur des arbres

Une idée des fameux ponts suspendus, les swing-bridge, dont certains sont franchement les plus longs que nous ayons traversé en Nouvelle-Zélande

Après de multiples passerelles, l’orage gronde sur le Flat Hut. On arrive à pic pour profiter des sources d’eau chaude… Sauf qu’un essaim de sandflies saborde nos beaux projets et nous renvoie piteusement sous la tente. Au dodo!

Certains matins, reprendre la marche appelle des ressources mentales qu’on n’est pas sûr d’avoir.

Mais de fabuleuses visions nous ouvrent les paupières, nous extirpent de notre somnolence et nous électrisent les sens

Nous ralentissons la marche, devenons plus réceptifs et levons la tête au ciel



En un sens, une légère fatigue aide à accueillir l’esprit de la nature, en cela qu’elle engourdit l’aspect cérébral. On ne calcule plus. La traversée de cette forêt fut par moment énigmatique: D’étranges odeurs nous happèrent dans les limbes de l’oubli. Ces cinq jours de marche nous envoûtèrent tour à tour, nous captivèrent et nous laissèrent sans force. C’était peut-être le meilleur entraînement pour le marathon de Paris, en tout cas, on en est sortis lessivés…
Fox Glacier – Lake Matheson

Après un break dans le township de Fox Glacier, nous allons nous promener autour du Lac Matheson

Le bayou des silves abrite une myriade d’oiseaux chanteurs- résultat d’une absence totale de prédateurs avant l’introduction de l’opossum

Bien qu’on ne distingue ni le mont Tasman ni le mont Cook, le tableau est saisissant…

La nuit de repos au Township Fox Glacier nous a fait un bien fou. Ce matin, nous allons entreprendre une brève approche du glacier Franz Josef, via le Robert’s Point Track. En espérant que le sentier ne soit pas noir de monde!

Dans le Parc National du Westland Tai Poutini, on ne trouvera pas d’endroit plus convoité. D’autant qu’après le tourisme des plages, bien connu des juillettistes, arrive ici le tourisme glaciaire, équivalant plus ou moins à voler au chevet d’un mourant.

On traverse plusieurs passerelles au-dessus du vide avant d’entamer la partie sportive

Pas moyen de se croiser ici. Il est quelquefois nécessaire de communiquer par signes afin d’établir qui passera le premier. Courtoisie oblige!

Les passages aériens articulent entre eux les points flottants de la forêt vierge, mouchetée de pinceaux carmin et cinabre

Le rouge vif des Metrosideros Mistral, hybrides du Pohutukawa, rend cette ballade de funambule tout à fait savoureuse, et unique en son genre. Les étamines écarlates transfigurent la jungle, lui donnant des allures de jardin.

D’immenses cataractes dévalent les flancs ouest

Et finalement le fameux glacier (on l’aurait presque oublié) passe au second plan…

Ce rouge écarlate, comment s’en lasser… D’autant que le rouge est une couleur très rare en haute montagne.

Nous regagnons la côte ouest dans l’espoir d’aller piquer une tête…

Un tapir sort de l’eau à Gillespies Beach et nous empêche d’accéder à notre bonheur, tel Cerbère de Neptune. En vérité, les courants sont trop forts; personne ne s’y risque.

Un jour de plus dans la nature majestueuse: Nous retournons au lac Matheson, très tôt le matin
Hokitika Gorge

Nous roulons jusqu’à Hokitika, dont l’eau bleue des gorges nous susurre des mots doux

De joyeux baigneurs égayent les gorges de leurs cris enjoués

La beauté d’une chute d’eau ne dépend ni de sa hauteur ni de son débit. Elle dépend plus étroitement de son irrégularité, de sa dissymétrie. Autant un jet bien droit, bien symétrique nuit à son éclat, autant une torsade ou une vrille rehausse son charme, comme dans le cas présent. En second, on peut mentionner l’écrin, le bassin dans laquelle la rivière se soulage.

Après ce précis d’esthétique, l’immense lac Kaniere, bordé de riches maisons bourgeoises, nous accueille dans son atmosphère un peu hors-du-temps. L’eau descend tout de même à une profondeur de 195m! Peu de chance d’avoir pied.
Coal Creek Falls

Coal Creek Falls, non loin de Runanga

La promenade traverse une jolie forêt, plus clairsemée qu’à l’ordinaire. Le site est très fréquenté par les familles du coin.

On ne sait jamais au juste où on va déjeuner. La côte ouest offre de splendides paysages marins, entre Greymouth et Westport
Pancakes rocks


A l’heure où on devrait peut-être les avoir dans notre assiette, nous visitons brièvement les « Pancakes Rocks » à hauteur de Dolomite Point

Beau spectacle, paradoxalement apaisant, des embruns féroces et rugissant, fouettant les roches déchiquetés…
Paparoa national park



Entre deux plages, dans la chaleur du milieu d’après-midi, nous remontons le Pororari River Track dans le parc national du Paparoa. Le soleil plombe, nous sommes heureux d’avoir de l’ombre: Notre erreur a été de déjeuner trop tard. Nous partons à la recherche d’un lieu de baignade. Hélas, une fois de plus, les mouches vont nous en dissuader.


Une longue série de plages s’emperlent le long du pacifique

Un matin de plus sur terre: On retrouve les gorges de l’Upper Bully, pour l’instant plus calmes qu’à l’accoutumé
Maruira Falls

Elles s’excitent un peu plus à cet endroit, aux Maruia Falls, situées aux portes du Kahurangi. Débit puissant, flot régulier, bassin large: Pas d’intérêt particulier. One more day at the office!
Mont-Owen

Déroulons un peu l’histoire de cette route. A notre grand étonnement, aucun panneau indicateur ne nous mit sur la piste de la Moria. Nous avons donc suivi le lapin blanc, en direction de la Wangapeka Valley, laquelle devint notre objectif du soir. Et puis, disons que tout s’est un peu emberlificoté. On a déroulé ce long ruban de sable sur environs 8kms avant de rater une porte, nous rendant compte qu’on ne pouvait plus faire demi-tour. Considérant le fait que le Mont Owen est le point culminant du Kahurangi, il est étonnamment mal indiqué et compliqué à atteindre. La route qui mène à son parking est… disons, presque aussi escarpée et aventureuse que son ascension.

Le fond de vallée est un peu un repaire de grimpeurs et de têtes brûlées. A chaque voiture croisée sur la piste de sable (il y en eu 2 je crois), il nous a fallu cinq minutes d’ajustements, un luxe de manœuvres, pour arriver à l’accord parfait. Va savoir pourquoi… On se sent déborder d’amour pour ces inconnus avec lesquels on ressent en même temps la peur de mourir.

Et puisqu’on parle de mourir, pourquoi ne pas aller cueillir des champignons?

On découvre notre environnement avec les gorges en aval de Blue Creek et ses piscines naturelles

Le jour suivant, nous entamons l’ascension du Mont Owen. Deux heures de montée en forêt, et nous prenons de la hauteur, ouvrant quelques fenêtres panoramiques sur le parc du Kahurangi.

Il est à peine huit heure et nous marchons déjà depuis un bon moment. La journée promet d’être longue!

Le chemin traverse plusieurs environnements jusqu’au Granity Pass: Plateau d’altitude, forêt d’eucalyptus, falaises calcaire, avant de remonter le lit d’une rivière. Nous nous laissons guider par quelques cairns à partir du refuge.

Les eaux souterraines assurent le haut-débit et dame nature a la main verte!

Certains pas s’avèrent spongieux: Après quatre heures de marche et la traversée de paysages superbes, on se retrouve enfin au pied du massif, entiché de charmants petits lacs.

Nous voilà plongés dans l’écosystème minéral et karstique d’Owen, lequel nous offre un spectacle unique de crevasses et de pitons calcaires, ciselés par un artiste furtif, plus connu sous le nom d’H2O

Halte réconfortante pour reprendre des forces: Bientôt midi déjà, six heures de marche dans les pattes…

La lande intermédiaire ressemble plus à un jardin qu’au Bush traditionnel

Le temps est en train de tourner, les genoux piquent dans la descente

Une véritable splendeur que cette marche en montagne, dans le très préservé et très confidentiel Kahurangi. Nous avons eu l’impression d’évoluer quelque part entre le Vercors et les Alpes Cotiennes. En tous les cas, cela nous a bien dépaysé! Il faut dire qu’après la west-coast, les massifs escarpés commençaient à s’éloigner. On a même cru un temps en avoir fini avec les forêts d’altitude et les pics enneigés. A parler franchement, ça a été une semaine très riche en contrastes, évoluant chaque jour encore plus vite qu’à l’habitude. Hunky Dory nous a entraîné des Monts Aspiring à la West-Coast, jusqu’au cœur du Kahurangi. Mine de rien, nous sommes déjà sur le chemin du retour, encore que nous n’en ayons pas fini avec l’île du sud


