Il n’y a parfois aucune explication. Allez savoir pourquoi un pays vous est immédiatement sympathique. Ses habitants, bien-sûr, mais aussi ses vaches et ses moutons, ses étoiles de mer, ses petites routes à une voie et ses maisons coquètes. Pourquoi ses méandres vous envoutent, vous émeuvent, vous émerveillent? Y compris les tableaux campagnards autour de Glasgow, l’ondoiement des hautes herbes? Toujours est-il que le charme a agi et qu’en dépit d’un genou bloqué dès le premier jour, à l’aéroport, l’euphorie n’est presque jamais retombée.

Il faut dire que, sur le papier, l’Ecosse avait tout pour nous plaire: D’innombrables lochs sous la garde de mystérieux châteaux, d’abruptes falaises plongeant dans l’océan, de pittoresques petites gorges. De ce fait, avant même d’y déposer un pied, notre imaginaire travaillait déjà: A vrai dire, j’ai rarement été aussi excité à la veille d’un voyage, apprenant un par un le nom des rivières, des sommets et des stacks que nous allions admirer. Cette géologie extrêmement ancienne, ces beinns et ses munros, ces glens et ses straths sans parler de cette faune sauvage (floquée sur les paquets de chips et de biscuits) réveillant mon rêve de rencontrer un cerf au sommet d’une montagne.

L’escalier est pentu, les marches irrégulières. Jusqu’ici, toutefois, ces Devil’s Pulpit ne recèlent aucun piège

Et puis, tout se dérègle… Pour nos premiers pas sur le sol Ecossais, on attendait une paisible promenade en forêt: Or voilà que, déjà, l’escalier s’impatiente


Arrivés dans la gorge, on déchausse pour s’aventurer à l’intérieur: Le canyon moussu nous accueille sans résistance

L’endroit est envoûtant. Une poésie elfique s’en dégage. Ainsi qu’un doux parfum d’argile.

Régime minceur oblige, les gorges du diable digèrent la graisse pour lustrer ses lambris

On ne s’attend pas à un tel canyon au milieu des champs. Bien qu’assez fréquenté, on peut y avoir la paix, à condition de se mouiller un peu les pieds…

Le soir, on rejoint la tranquille cité d’Helensburg, ville natale de Deborah Kerr.

Le lendemain, cap sur Loch Lomond. Sous un ciel ombrageux, on entame l’ascension du Conic Hill


On s’élève doucement sur un chemin pavé. Les arbres cèdent bientôt place à de verdoyantes collines. Peu à peu, l’ambiance nous gagne… Le vent se lève, quelques moutons détalent devant nous. Etant donné la raideur de mon genou, je ne regrette pas un instant le Ben Arthur et ses 900 de dénivelé.

Puis vient le premier choc de la journée: Le château abandonné de Buchanan

Il s’agit d’un site d’Urbex, interdit à la visite. Nous avons toutefois croisé plusieurs curieux, bravant le danger, explorant les nombreuses salles du château. Je ne crois pas avoir arpenté plus jolis décombres, bien qu’il s’agisse de l’une de mes passions.

Les arbres ne se contentent plus de taper aux carreaux, ils éborgnent les fenêtres, transpercent les espaces laissés vacants, profitent de la moindre ouverture

On se serait perdu des heures dans ce dédale inextricable du Buchanan: C’est aussi le danger de l’exploration urbaine, l’irrésistible curiosité.

Les fenêtres ne donnant sur rien nous fascinent, comme les yeux d’un aveugle errant sur un fil…

Comment ne pas conclure cette escapade au cœur des infortunes du clan Buchanan, ces pérégrinations dans les vestiges de leur puissance perdue, par ce symbole éclatant, tout à la fois cocasse et grinçant, d’une existence située entre deux gouffres sombres. « Peut-être que l’homme était assez pressé. C’était plus rapide que de se jeter par la fenêtre. »

Après ce délicieux prélude, aux quelques accents profanatoires, nous nous enfonçons dans les hautes terres, faisant route vers le nord. Un panneau nous indique la fermeture des légendaires Falls of Falloch. N’est-ce pas une excellente raison d’y jeter un coup d’oeil?

La clef est de trouver un coin où se garer, sans trop avoir à marcher sur le bitume avant de pousser une clôture, de ne pas se décourager, d’y aller à tâtons, car les sentiers Ecossais sont particulièrement mal indiqués, et tout semble fait pour les réserver aux connaisseurs (aux entêtés). II n’y a pas non plus d’espoir à placer dans le balisage, il est inexistant. Et cependant, les traces sont bien lisibles et les sentiers praticables, encore qu’on ne les qualifierait pas de stables ou de roulants. En effet, de nombreuses portions sont engorgées: pour ne pas dire des bourbiers cauchemardesques. Vos chances de revenir secs sont quasi nulles, d’autant qu’il est tentant de s’approcher au plus près de l’eau.

La rivière Falloch est une beauté sauvage et indomptable que nous prenons plaisir à longer: Bientôt, nous déciderons de passer à gué.

D’étranges petites gorges, ténues et mélodieuses, tentent de prendre la rivière en étau, mais n’y parviennent jamais.

Les chutes de Falloch concluent magnifiquement cette excursion splendide dans le parc naturel des Trossachs. Il nous aura fallu franchir la rivière et improviser un itinéraire pour « mériter » ce saut final. A l’évidence, selon les lois immémoriales de la tragédie grecque, leur découverte nous a bien plus marqué et exalté par cet itinéraire hasardeux que si nous étions arrivés tout bêtement du parking (fermé pour travaux). Allez comprendre!

Deuxième journée mémorable autour du Loch Lomond, jusqu’au Kilchurn Castle dans son nectar de soleil couchant. C’est franchement le genre de journée qui vous lance dans un voyage, absorbant vos préoccupations quotidiennes.

Samedi 16 mai: Mâtinée radieuse. Nous retournons au château.

Le cadre du Kilchrun, serein et chatoyant, contraste avec l’aspect austère, voire lugubre, de cette forteresse

L’édifice, de silhouette crénelée, dégage une aura fantomatique, même sous un beau ciel bleu.

Quelques kilomètres plus loin, on remonte la rivière Orchy, marquant plusieurs arrêts: Le paysage nous saisit. De nombreux bancs de rochers confèrent à la rivière un aspect basaltique, déchiqueté, allant crescendo où se pressaient les orpailleurs.

Car bientôt, les Eas Urchaid falls nous apparaissent, juste derrière un pont. Le site est étrange, extravagant.


L’érosion a creusé un canyon atypique, criblé de marmites de géant: Des dizaines de cascades ruissellent à droite à gauche

Le long de la rivière Orchy, connue pour son pont éponyme, notre enthousiasme décuple: Nous passons un merveilleux moment, en découvrant de nombreuses curiosités géologiques, alternant jolis ponts, cascades, strates sédimentaires. Notre vitesse moyenne frôle les 8 miles. Cette approche de la vallée de Glencoe, nous l’aurions souhaité interminable. Je me suis même payé le luxe d’éteindre un feu de camp en urinant sur les cendres, non encore refroidie, selon la vieille technique Sioux.

Du coup, nous effleurons à peine du regard le Loch Ba, par lequel s’achève le domaine de la Black Mount Forest. A peine jeté un regard à la cascade Each Dubbha Falls, d’intérêt mineur il est vrai. A midi à peine, nous nous sentons déjà gorgés de mille beautés. Et c’est dans ces dispositions d’esprit que nous franchissons le seuil de Glencoe, au lieu dit de Lochan Na h-Achlaise.

On ne tarit pas de superlatifs: Il n’est plus temps toutefois de comparer. C’est l’Ecosse, tout simplement!


De petits airs d’Islande toutefois. On se promène dans les montagnes, sans chercher à aller nulle part. Les sentiers sont bien là, mais on ne sait où ils mènent. « Ici c’est ailleurs », devrait être inscrit partout.


Bon… L’histoire de cette gorge… Par où commencer? Et bien, nous faisions route pour Glen Etive, une vallée prometteuse où nous réalisâmes sur le fil qu’une scène de Skyfall attirait une myriade de touristes. Ce n’était pas prévu, mais plutôt que de renoncer, nous avons débusqué un joli coin où déjeuner.

Alors qu’un long convoi d’idolâtres se ruent sur Glen Etive, tout du moins à l’endroit précis où James Bond s’accroupit, on se contente de ce lieu, paisible, à l’abri des foules.

Quelques degrés de plus au mercure et on se baignerait bien volontiers. Quoiqu’en trempant les pieds, je me dis: « quand même fraîche »

Les formes changeantes du grès nous séduisent, on remonte la gorge; hypnotisés par ces sculptures inachevées



Bref. Une gamme de paysages presque méridionaux qu’on n’attendait pas forcément en Ecosse. Au stade où nous en sommes, on ne s’attend plus à rien, ou pour mieux dire, on s’attend absolument à tout. Le plus curieux restant à nos yeux cette affluence énorme sur certains lieux très sur-côtés, nous dégageant des espaces immenses au prix de seulement quelques pas de côté.

Quelques heures plus tard, le temps a un peu tourné: Les Three Sisters Of Glencoe dominent le vallon de leurs silhouettes menaçantes.

Vues d’un peu plus haut, après quelques minutes d’ascension, de belles montagnes font face au col de Glencoe

Et les premières cascades apparaissent: inaugurant un véritable ballet. J’étais venu pour en voir une, et il y en aura sept.


Difficile à rendre en photo, cette succession de chutes stimule grandement la marche: On reste au contact de l’eau qui dévale, avec l’impression d’un dialogue intime.


Une cascade plus secrète que les autres forme une fourche: J’essaie de m’infiltrer à l’intérieur du goulot

Et me voilà à l’intérieur. Un entonnoir obscur, énigmatique. Mais bon, Najate m’attend. Il est temps de redescendre. Encore une fois, aucun sentier n’était marqué clairement au départ, je ne me souviens pas d’avoir vu un traître cairn.

Une dernière cascade se signale à l’improviste, se trouvant sur notre route, plus exactement à Kinlochmore: Il s’agit de la cascade Grey Mares Tail.

Après un petit parcours en via ferrata, on découvre le bassin. Un bien bel endroit, où des couples Ecossais se déclarent leur flamme.

Par un matin brumeux, le castrum Stalker se dévoile. Superbe place forte flottant au milieu d’un loch, la marche nous électrise.

Aujourd’hui, nous étions supposés gravir le Ben Nevis, mais l’état de ma jambe ne s’améliorant pas (un bout de cartilage s’y promène), on préfère se rabattre sur les sentiers aisés du Steal falls (non, pas skyfall!) au pied du plus haut sommet de l’Ecosse (et de Grande-Bretagne, cela va sans dire)

Cap vers le Glen Nevis: Ceci dit, notre chance a tourné. Le temps est à la pluie. Parfait pour les cascades!

Après une marche en balcon surplombant un torrent furieux, on débouche sur la spectaculaire chute de Steal. Une file d’attente interminable nous a dissuadé d’emprunter le pont de singe menant au pied de cette cascade colossale.

Sur la corniche, saillaient quelques arbres tortueux, ici un cèdre rouge (quoique peut-être bleu).

Bien qu’il ait plu tout du long, la marche nous a tenu en haleine: Quelques décrochages étaient possibles, d’une pour admirer les roches disloquées de la Water of Nevis (photo 1). De deux pour revenir à hauteur d’eau et aviser les rapides de cette fougueuse rivière (photo 2).

Erosion quand tu nous tiens…


Pour résumer, l’eau dénivelait très bien, avec ou sans notre aide, et l’axiome stipulant que l’observateur modifie la réalité nous glisse un peu dessus aujourd’hui.


Bon, et à part ça, une chose nous étonne: A partir du parking menant aux chutes de Steal, une cascade gigantesque ignorée du public se déroule en un long voile blanc, sur presque huit cent mètres. Apparemment, il n’y a que nous que cela intéresse…

Tenue A: une toile cubiste criblée de tâches de boue. Tenue B: Elle tient debout toute seule. Tenue C: Usine à tiques (à notre insu). « L’Ecosse n’est pas pour les rookies ».

Sur la route, bref coup d’oeil sur les Lower Falls. Trempés des pieds à la tête, le ventre vide, on regagne Fort William avec l’idée de se mettre au sec et de manger chaud.

Fort William: Point final du West Highland Way, nous offre le gîte et le couvert. Le soleil ne se sera pas beaucoup montré aujourd’hui

Quand sur la route, à hauteur de North Ballashulish, un rayon de soleil ébrèche les cieux. Il n’en faut pas plus pour que nous poussions un portail en bois, traverser une pâture sans troupeau, profiter d’une brève éclaircie sur une plage de galets


L’endroit est attrayant: On s’y est arrêté par hasard. La beauté moyenne du pays est assez édifiante. En vérité, toute laideur semble avoir disparue.

De retour au bercail, le « guetteur » surgit d’un bosquet au milieu du Loch Laich, sur son îlot accessible à marée basse. C’est le château Aaarghhh des Monthy Pythons, je ne le réalise que maintenant, dans le classique du Non Sense, Sacré Graal, que j’ai du voir à peu près 20 fois. Comment oublier John Cleese imitant un accent Français grasseyant, mouchant le roi Arthur depuis les créneaux?

Najate découvre une petite forêt, connue pour abriter des espèces rares de papillons. Nous y allons tenter notre chance, avant que la nuit tombe.

Comme souvent, dans la région d’Argyle And Bute, des hectares de muguet sauvage parsème les lisières: Entre la bruyère des landes, les genêts en bord de route et ces véritables champs de clochettes mauve, le printemps est fleuri. Mais pour l’instant, pas trace de papillons.

Par contre, dans les hautes herbes, nous moissonnons une floppées de tiques qui nous collent aux basques. Ce n’est pas la première fois, mais ce coup ci, il y en a par dizaines, une véritable colonie, et cette première attaque nous fait tiquer.

La journée du lendemain promet d’être intense: En effet, 120 miles nous séparent de Skye Island: La région est superbe, on s’arrête toutes les 20 min. N’ayant prévu que deux journées pour visiter l’île, il va falloir galoper. Après cette soudaine attaque de tiques, nous décidons de porter des chaussettes épaisses et nos sandales d’Hermès prennent du plomb dans l’aile. Cette menace invisible commence à nous rappeler les Sandflies de Nouvelle-Zélande.

Bon, c’est entendu, il fallait dérouler, mais on ne pouvait tout de même pas passer à côté d’Eileen Donan sans un petit arrêt de circonstance.

Que dire d’Eileen Donan si ce n’est qu’il a un nom à dormir à la belle étoile et une réputation qui le précède de beaucoup. A ce qu’il paraît, les Campbell l’ont revendu aux Stewart, après l’effondrement du toit.

Nous parvenons finalement au nord de Skye, île dont nous rêvions depuis un moment, par un temps mitigé. Qu’à cela ne tienne, nous nous élançons dans notre première marche du jour: Celle du vieil homme. Ma jambe va un peu mieux, j’arrive à déplier le genou sans douleur, aussi la montée aux monolithes nous prend à peine dix minutes. Sauf qu’au lieu d’y aller tout droit, nous bifurquons juste avant, pour nous retrouver totalement seuls sur une crête.

Alors qu’une longue procession de dévots du clic se rassemble aux pieds du Old Man Of Storr, cette partie reste entièrement délaissée. Mystère de la nature? Caprice de la démocratisation du voyage? Quoiqu’il en soit, c’est partout le cas. Et le savoir offre un avantage inégalable. Nous voici donc sur un itinéraire inconnu, ceint de forteresses basaltiques aussi majestueuses que sinistres. Skye is the limit?

On contourne une basilique de lave, qui peut aussi rappeler une mosquée (on y voit ce qu’on veut y voir) pour retrouver une sangle à peine visible à flanc de ravin.


Puis la voilà, la vue iconique, celle qu’on voulait cocher pour avoir fait Skye. Mais trêve de cynisme, c’est vrai que ça envoie…

Déjeuner devant le miroir changeant du Loch Fada, avec un sentiment partagé. On se demande parfois pourquoi les volcans attirent tant, aux quatre coins du monde. C’était clairement très beau, mais la plus belle portion était déserte: Tout le monde désirait uniquement voir l’image consacrée, celle du dépliant publicitaire, et on a beau profiter allègrement, où qu’on aille, de ce panurgisme, pour le prendre à revers, cela nous désole tout de même un peu.

Une route superbe nous mène aux Leatl Falls, que nous n’approfondirons pas faute de temps. En effet, nous réservons la fin de journée à une rando située encore plus au nord: Quiraing.

Et pourtant, on ne se privera pas d’admirer Kilt Rock et ses nombreuses chutes, sans parler des rivages de basalte, sous un soleil retrouvé


On ne verra qu’à peine la célèbre cascade qui se jette dans la mer et visiblement son débit en a déçu certains. Pour ce qui nous concerne, on s’en cogne royal

Car il nous en reste sous la semelle: Après cette montée, par elle-même inoubliable, sur une petite route étroite, vers un lieu fabuleux et qui restera longtemps dans nos mémoires: The Quiraing.


Il s’agit, comme on le voit ici, d’un gigantesque glissement de terrain (toujours en mouvement) formant un paysage accidenté, de failles et de plis, sur lequel évolue le marcheur.

L’endroit est incroyablement beau; on y croise des moutons, des lacs et des tourbières, puis parfois, des bipèdes.





Certains lacs offrent l’asile à de nombreux lichens, arborant une multitudes de coloris: Ces fascinantes niches géologiques restent extrêmement fragiles; il faut sortir du chemin pour les voir, sans toutefois les fouler.





Sur cette marche, on pourrait épiloguer des heures! Bien sûr, il y avait la lumière du soir, la tranquillité des fins de journée, mais The Quiraing fait clairement partie de ces randonnées exceptionnelles, qui nous donnent la sensation d’avoir touché du doigt l’esprit d’un lieu.


Nous suivons les instructions détaillées de notre hôte pour gagner la cabane qu’il nous loue pour deux nuits. La route, sinueuse et étroite, s’émaille de visions enchanteresses. Après des dizaines de virages, nous parvenons au hameau de Glendale où nous dénichons la charmante cahute de Christopher. Une journée mémorable s’achève avec les récits d’exploration en Antarctique de ce dernier.

Voici la douillette cabane en bois dans le jardin de Christopher qui nous offrit une nuit paisible. Dans ce véritable bric-à-brac d’explorateur, un genre de cabinet de curiosités, une inspiration nous a prit: Faire la grasse mâtinée!

Le droit à la paresse est incontestable et n’entre aucunement en contradiction avec les trois vertus théologales de la chrétienté

Vers onze heure du matin, on déboule sur la baie de Tallisker, bien moins courue que la pointe de Neist Point située à deux pas de chez nous. Pour être honnête, la météo n’est pas fameuse. On espérait trouver plus de lumière au sud, ce qui n’est pas le cas. La pluie frappe fort et le vent se lève. Serait-ce ce qu’on appelle un temps écossais?

Tout un paon de l’histoire nous échappe…

A mon avis, c’est la saison des amours, vu le nombre d’agneaux qu’on voit courir se réfugier dans les jupon de maman…

Je préfère prévenir: Nous allons être pris d’un trouble compulsif. D’une manie obsessionnelle pour les moutons, les béliers, les agneaux… Peut-être à force de leur céder la priorité.

Une fois sur la plage, la pluie redouble. La cascade de Talisker s’est pourtant évaporée. On ne croise ici que des autochtones.

Voilà c’est une plage… Bon, elle ne dissemble pas de beaucoup d’autres plages. Sauf qu’on y ventile à l’oeil la douche écossaise.

Aucun changement en vue; il pleut des hallebardes. Du coup, les rivières gonflent au pied des Black Cuillins. On entame sans conviction une petite marche vers les Fairy pools.

On remonte le torrent, capuche sur la tête, avec l’espoir d’une embellie.

A un moment donné, on se dit: Pourquoi ne pas changer une marche un peu bateau en une bambée ahurissante dans des bourbiers infâmes?

Un peu lunaire tout de même. Le niveau d’engagement augmente proportionnellement à l’humidité de nos pieds. Ami de la patauge, bonsoir…

On finit par butter sur la pool de trop. Deux tchèques éberlués (on croise partout des tchèques éberlués) nous demande, sur le retour: « Mais pardon, ils sont où ces fameux pools? » « Mais là, ils sont là, partout, autour de vous. » Après cette réponse, je me sens bizarre. J’ai l’impression d’avoir égaré des confrères. « Lorsque tu vois la montagnes, c’est qu’il va pleuvoir. Si tu ne la vois plus, c’est qu’il pleut, dit le proverbe.


Alors après tout ça, trempé comme une souche, pas vraiment rassasié, je laisse Najate dans l’Audi et remonte cette petite gorge ignorée, sans l’ombre d’un spectateur


Mais je ne comprends pas, ne sont-elles pas charmantes ces gorges? Tout le monde part du même côté, et j’ai presque l’impression d’enfreindre une loi non écrite en m’engageant là-haut.

Je me sens un peu seul d’un coup, comme ce bon vieil Albert qui broute toujours dans son coin…

Toujours est-il que le temps ne s’est pas levé. S’est-il agi, pour autant, d’un jour sans?


Nous voilà finalement sur la pointe de Neist, qu’on a bien failli snober. En raison de la météo, le parking semble relativement vide, on va pouvoir marcher tranquilles.

A cette heure-ci, peu avant le crépuscule, le mouton prend une toute autre dimension: Celle d’un sphinx, d’un philosophe, d’un prophète!

La smala fuit au moindre mouvement, au moindre murmure; les juvéniles s’entraînent à fuir les renards, à grands renforts d’entrechats.

En tout cas, on se régale. Il est huit heure bien sonné, pas un chat sur les falaises, et, plus important, le ciel ne crachine plus

Les ravins sont vertigineux. Le sol devient spongieux. En Ecosse, les marais ne sont jamais loin. D’après Christopher, les midges nous ont suivi.

Nous n’assisterons pas au coucher de soleil, car la faim nous tenaille, mais c’était une promenade royale pour la fin de journée.

Nous quittons l’île de Skye assez éblouis; en route pour Torridon. Nous dormirons ce soir en auberge de jeunesse, ce qui, avec un peu de chance, nous rendra nos jambes d’il y a vingt ans. Depuis peu, mon genou s’est dégrippé, les prévisions météo, toujours calamiteuses, nous glissent des sourires plus amusés qu’inquiets, et les camping-cars nous ralentissent bien plus que les moutons.

Derniers regards sur Skye. On pense à tout ce qu’on a loupé, à tout ce qu’on pourrait faire plus tard… Bien qu’on ne soit plus très sûr de revenir jamais sur nos pas.

Passés l’illustre hameau de Sligachan, nous passons devant les chutes de Eas a’ Bhradain, à peine un regard en passant. Quelque part, nous sommes déjà ailleurs; l’agitation des routes nous rend fébriles et, bien que Najate se soit habituée à la conduite à gauche, l’omniprésence de véhicules très lents nous rend impatient de retrouver l’Ecosse continentale.

On quitte la bruyère des landes volcaniques, le côté aride de Skye pour retrouver les champs de muguet sauvage, les immenses massifs de genêts présents en bord de route, ces archipel de lochs bordés de fleurs. Le temps, lui, reste le même: venté, spectral. Cela dit, la pluie a cessé.

Compte tenu de ce temps maussade, on adapte nos intentions à la réalité, toujours mouvante; et l’objectif du jour, le Beinn Alligin, s’éloigne dans les vapes éthérées de l’atmosphère. On nous le répète souvent, en Ecosse, le temps décide de tout. Les caprices du climat ont toujours raison de ceux des piétons: Ils brisent la volonté la plus tenace. Marcher vingt ou trente kilomètres à la journée, comme on le fait en France, n’est tout simplement pas pensable dans ces conditions humides et instables. On bataille dans les bourbiers, avise les brumes traîtresses; le tout sans balisage, on franchit des rivières à gué, puis on ne distingue même plus le chemin du fleuve, sans compter les tiques et les midges. Non, vraiment, je ne regrette qu’à peine le Beinn Alligin: Pour notre première fois ici, nous en faisons bien assez.

De Kinlochewe, dont je ne saurais prononcer le nom sans l’écorner, nous entamons une petite grimpette sympathique dans la montagne, piquetée de pins calédoniens, et une infime lueur pointant là-haut, dans le ciel, nous donne des ailes: On ne sait pas être sur la piste du Beinn Eighe. Et d’ailleurs who cares?

Un plaisir tout de même de retrouver ces paysages montagnards, pommelés de tourbières. On sent aller au devant de surprises…


Passé le premier col, on commence à voir surgir des lacs de taille modeste et les premiers névés s’accrocher aux sommets. Le vent est puissant, on redoute l’orage.


Un large plateau précède l’ultime montée sur l’antécime du Beinn Eighe: A ce niveau-là, le paysage est splendide.


Le changement d’ambiance a été si soudain qu’on ne s’y attendait pas: De quoi nous donner envie de pousser un peu plus loin. Cela dit, le ciel menace, on prend la décision de redescendre.

La tourbe est particulièrement visqueuse par ici, les nappes d’eau gorgent les hautes terres, battues par le vent.

Jolie cascade sur le retour, au prix d’une patauge dans la tourbe

Que dire de cette approche succinte du Beinn Eighe? Un régal. Les paysages sont très différents de tous ce que nous connaissions…

Pour compléter cette palette entrevue là-haut, nous allons emprunter la plus belle route que nous ayons vu en Ecosse depuis l’Orchy River, et qui la surpasse de beaucoup. L’A896 nous arrache des soupirs admiratifs toutes les dix secondes; elle se faufile dans une large vallée, très encaissée, sous la garde d’imposants sommets aux arêtes verticales.

On reste bouche bée et ne rate pas une miette de la mythique A896, plongés dans une rêverie Ossianique: « C’est tout de même en train de devenir grandiose, ce pays, nan? »

Le lendemain, il fait toujours aussi moche. Le plus curieux, c’est qu’on ne le remarque pas, ou plutôt qu’on ne parvient plus à réaliser les implications ordinaires du vocable: il fait moche. Parce qu’à l’habitude, quand il fait moche, cela gâte ce qui est beau, mais pas ici, oh que non: l’orage couve, et la terre s’écarte sous ses étreintes pâles. Chaque apparition solaire s’apparente à une délivrance, à un sourire de loup dans une tempête polaire.

Après une bonne nuit de sommeil à la guest-house de Torridon, nous reprenons la route A896 en sens inverse, mais pas avant une petite halte au Loch éponyme, où se jettent les eaux torrentielles, ourlées de champs de tourbe à perte de vue.


Après de multiples arrêts, nous partons en reconnaissance. Un minuscule parking légèrement surélevé attire notre attention. Pour un peu, on aurait pu le manquer, et c’eut été dommage, car il nous ouvre une brèche sur un munroe énigmatique, enveloppé d’une voilette. Le vent s’est calmé, on part sans sac à dos, juste un petit coup d’eau avant de décrocher.

Quelques crachins tentent de nous en dissuader, mais nous filons, le coeur léger, heureux de pouvoir nous immerger dans le paysage, découvrir au fil des pas ces immensités.

Un signe mignonnet nous donne du baume au cœur, quelqu’un est donc déjà passé par ici… Quelqu’un avec une âme d’enfant…

La couleur des rochers est également très enfantine. Pas le temps de s’ennuyer: le chemin est bordé d’oeuvres d’art éphémères et de poésie moite.

Le temps est dégueulasse: Nous ne quitterions ce lieu pour rien au monde.

Certaines vues sur les crêtes deviennent irréelles. Dans ces montagnes, ce que l’on cherche, c’est la liberté, bien que ce mot soit devenu étroit. Ce que l’on cherche, c’est la magie des commencements, la splendeur stellaire.

Aller quelque part nous devient futile; nous suivons notre étoile, des pays rêvés plein les yeux.


La suite? Une imbécile clôture, un funambule claudiquant, une gorge dérobée, plusieurs cascades cachées…

Mon amour des gorges remonte à loin, nous descendons d’un fleuve éternel. A travers douleur et peine, je me tiens au chevet de l’eau…

Tout naturellement, nous marquons un arrêt aux Rogie Falls, au fil d’un petit circuit (le salmon trail); parcours tout à fait charmant, dans une contrée fluviatile.

Les chutes, lovées dans un cadre idyllique, se jettent de bassins en bassins. La végétation, dans cette Ecosse rustique d’Argyle, mérite à elle seule les hommages du naturaliste.

Les fracas du torrents contrastent avec la sérénité du lieu, aux touches presque automnales.

On traverse des paysages lunaires, dans un tourbillon de lumières changeantes…

Un peu au pif, voilà qu’on aborde un nouveau sentier sans dénivelé aucun: Les gorges de Corrieshalloch. D’après le panneau à l’entrée, ce sont les plus profondes de Grande-Bretagne,

La ballade débute par quelques tobogans d’ardoise, du plus bel effet

C’est assez mignon, avec de faux airs de jardin Japonais. Par contre, cela n’a rien d’une randonnée: Tout est aménagé, parfaitement balisé, aux antipodes des standards écossais. A noter que le parking est payant, comme souvent dans la région.

Puis l’on chevauche, par le truchement d’un pont, les gorges de Corrieshalloch. Incroyablement profondes et étroites, elles nous sidèrent un peu.

L’eau trouve son chemin entre les roches

Un chemin discret permet de longer la faille sur plusieurs centaines de mètres, remontant en direction du parking. Personne ne s’y engage. Il faut dire que nous y subissons un énième assaut de tiques et que la sente n’est guère entretenue. Cependant, nos échines frissonnent en se penchant sur ces gouffres béants.

Un second pont permet d’admirer la cascade de plus loin. Un vieil Ecossais y raconte des histoires folkloriques, tel disciple d’Ossian.

D’immenses éperons décrochent de la paroi, esquissant quelques portiques titanesques

L’endroit est très impressionnant et les installations point trop envahissantes…

Alors une inspiration soudaine nous frappe: Après ces colossales parois granitiques, si nous donnions leur chance aux Ardessie Falls, de proportions beaucoup plus modestes.


Leur beauté n’est que le prélude à une éblouissante découverte; car on le sait d’expérience, une cascade peut en cacher une autre, et même beaucoup d’autres. Ce sont des gorges exceptionnelles que l’on s’apprête à découvrir.

Un premier saut supérieur donne de l’allant: Celui-ci, encore, je l’avais prévu. Mais quel est ce bruissement?

Il est rare de pouvoir à ce point crapahuter au fil de l’eau, sans danger, sur des roches peu glissante, dans une proximité intégrale


Le feu vit caché sous terre, les sources se tapissent dans les grottes; on apprend à déchiffrer leur murmure par « l’expérience noétique ».

En tout cas, ce florilège de chutes et de gorges nous a ravi. C’était vraiment la journée, entre Rogie, les Corrieshalloch, puis Ardessie qui en fut le point d’orgue.


On ne peut évidemment pas montrer toutes les cascades, mais il y’en eut une myriade. Ardessie restera mon coup de coeur de la journée, et je m’en souviendrais bien longtemps. C’est l’une des plus belles gorges que j’ai vu de ma vie.

Puis la nuit point à Ullapool où nous arrivons aux alentours de 20h, en même temps que ce grâcieux esquif. Nouvelle nuit en Guest House avec vue sur le port.

A l’aube, le temps s’est un peu découvert bien que nos chances de revoir le soleil restent minces. Toutefois, pas d’inquiétude, au cas où il réapparaitrait il s’évanouirait en un battement de cil. La région d’Ullapool s’offre à nous. Et si on se contentait de remonter la côte?

Commençons par saluer ce vieil Alberto, qui rumine sa peine depuis la Création du Gazon Anglais. Blague à part, nous mettons les voiles pour le phare de Rhue.


C’est une côte feuilletée, saupoudrée d’oxydes, aux délicieux relents d’iode. Pour ne pas changer, l’endroit est très beau. On y tamise quelques bulots…

Le site rappelle un peu Pancakes Rock sur la côte ouest de Nouvelle-Zélande. A une différence près: Il n’y a personne. A quelques pêcheurs près.


Quelques grottes à explorer à marée basse…

Ne craignons pas le moindre rayon UV, la grisaille prospère sur la côte. Ainsi soit-il!

Najate rêvait d’immortaliser une fois ces dizaines de rencontres ovines qui nous arrivent chaque jour, en bord de route. Nous l’avons baptisé l’agneau aux grandes oreilles.

Nous pénétrons en fin de mâtinée dans la réserve de Knockan Crag. L’occasion d’une rando express au-dessus du Lochan An Ais. Nous aurions aimé avoir bien plus de temps à lui consacrer, notamment explorer la faille de Moine, mais ce sera partie remise.

La rando est simple: Tu montes puis tu descends. Et entretemps, tu en prends plein la gueule

Grimper à peine 50m de dénivelé pour s’octroyer une vue pareille, n’est-ce pas un bon deal?

On reprend la route- long ruban d’asphalte- et le ciel tournoie. On trouve le paysage joli à voir, je prends un cliché à travers le parebrise.

Encore un lac magnifique sur le bas côté (Loch Awe) devant lequel on se dit: Holy shit! ou encore Wow Awe!

Au débotté, selon l’habitude ancestrale, on se décide à lancer un raid au petit trot à l’affût des Bones Caves où de récentes découvertes archéologiques ont été menées avec succès. Bien entendu, les ossements de mammouth ne sont plus sur place- snurf. Tout succès est relatif.

Toutefois, l’endroit est plutôt joli, pour ne pas changer. On peut s’arrêter n’importe où dans ce pays enchanté, on sait que ça vaudra le coup…

Parvenus dans les cavernes au surplomb avantageux, une pensée pour nos lointains ancêtres nous étreint: Ils devaient avoir de fameux réveils, mais des couchers un peu pénibles.

Nulle trace d’œufs de Ptérodactyles, ni tibias d’aurochs. Pas même un cerf, une biche, un daim…

Courrez acheter mon livre: Considérations paléolithiques. Disponible en librairie pour la modique somme de Eight Ezra Pounds.

Les Paparazzi me poursuivent jusqu’en Ecosse: Toutes mes retraites sont débusquées. Je commence à apparaître sur beaucoup de photos (snif).

Mais trêve de plaisanteries- qui d’autre qu’un plaisantin s’écrirait à lui-même?- la virée fut avenante et instructive, très stimulante pour l’imagination. Comme l’est, je ne résiste pas à le signaler une fois de plus, le pays tout entier.

D’autant qu’on en arrive déjà à l’un des plus beaux lieux d’Ecosse (elle qui en compte tant) et du monde (qui n’en compte pas moins), à savoir le Loch Assynt. D’abord parce qu’il abrite le château d’Ardvreck- à lui seul édifice mémorable- mais aussi et surtout parce ces quelques kilomètres de route en provenance de Little Assynt et à destination de Lochinver- notre dernier domicile des Hautes-Terres- sans oublier la déviation plus aérienne vers Kylesku, comptèrent parmi les plus sensationnelles du voyage. Je pense pouvoir affirmer qu’en ayant vu beaucoup lors des dix derniers jours, nous décernons la palme à cette route, ex-aequo avec celle reliant Kinlochewe à Torridon.

C’est incroyablement fleuri, les rivages d’Assynt appartiennent à ces territoires oniriques que seuls quelques peintres et quelques cinéastes, comme Tarkovski ou Kurosawa ont effleuré.

Et voici qu’en redescendant un peu sur terre on pense à la Drôme ou à la Dordogne au printemps… Et qu’en à peine trois minutes de route, vers Kylesku comme je l’ai déjà dit, on se retrouve plongés en Patagonie, voire dans certains coins des Pyrénées. Mystère quand tu nous tiens…

C’est tout bonnement extraordinaire, et la suite ne le sera pas moins. Pfiouh, mais purée, ce n’est pas le mont Canigou là? Ou j’ai la berlue?


L’altimétrie Ecossaise fut et restera à jamais un sujet d’étonnement, pour nous autres trekkeurs dyonisiaques méridionaux (TDM). En effet, nous sommes à peine à trois-cent mètres d’altitude!

Et qu’est-ce qui tombe donc de trois cent mètres? Si ce n’est la bien nommée Failing Widow Falls? Autrement appelée, un peu plus sobrement, Alt Chranaidh. Mais restons en à l’Anglais.

La voici déroulant entièrement son immuable puissance, vue d’un endroit impossible. (…) Le voyage reflète l’inspiration. Il faut savoir l’écouter, ou parfois la faire taire; trouver des angles de vue insolites sur sa propre existence. Pour ma part, c’est la leçon que je retire de cette chute d’eau altière, probablement la plus belle d’Ecosse.

Le Kaïros est certainement la notion susceptible d’expliquer en partie l’essence du « voyageur bienheureux ». Capable de se fondre à des espaces de plus en plus grands, de se tenir en équilibre sur des points flottants, de se contenter d’infiniment peu, le voyageur questionne le monde et en dégage la poésie fondamentale. Laquelle ne lui appartient pas, mais traverse son regard, migre des atomes vibratoires à sa conscience réflexive- véritable chambre noire de la beauté du monde.

Beauté fragile, il va de soi;

Peut-on se perfectionner dans l’art du voyage? Je dirais pour ma part: « A l’infini ». Apprendre à ne faire que passer, à laisser les lieux propres. Comme l’eau descend de la montagne, jusqu’à la mer, purifiant tout ce qu’elle touche.

Après un réveil tardif, on va se dégourdir les jambes sur une plage déserte

Entamons assez tard un périple exaltant en quête des Falls Of Kirkaig. Toujours aussi fleuri. Mais en prime, cette fois, les genêts exsudent un délicat parfum de frangipane et de noix de coco.

Les fleurs sont franchement généreuses par ici

Arrivée à Falls of Kirkaig après une bonne heure de marche. Belle sortie matinale, le long d’une gorge difficile d’accès. (Comme je l’avais promis à Najate, je ne suis pas sorti du chemin). Enlevé quand même trois ou quatre tiques de mon falzar.

Scène de la vie quotidienne en Ecosse


Il flotte à nouveau un parfum de Pyrénées dans cette contrée. Sauf qu’une fois de plus, nous sommes étonnamment près du rivage.



Petite promenade dans les genêts, qui ne mène nulle part soit dit en passant.

Notre première vision de la Clashtole Beach: Le tussack balayé par la brise, un homme et ses deux chiens.

D’où qu’on la regarde, la plage est splendide… Pour la première fois depuis une bonne semaine, à cet instant précis, on regrette un peu l’absence du soleil…

La péninsule, sauvage, est délaissée par les bipèdes, mais surpeuplée de moutons

L’homme et l’agneau: Une fable écologique.

Les moutons qui broutent salés vous regardent avec des yeux de merlans fris


Plusieurs bras de mer s’engouffrent dans ces digues naturelles, flanqués d’orgues basaltiques

Promenade dans les récifs, par une lumière boréale

La pointe semble s’être vidée de ses moutons, ils sont tous allés à la plage.

Par un vent devenu fou, on lance une dernière bambée sur la pointe ouest mieux connue sous le nom de: Old man of Stoer.



Et voilà le légendaire vieil homme, l’un des stacks les plus connus d’Ecosse. A cet endroit précis, les vents dépassaient les 120kms/h.




Le phare du Old Man of Stoer qu’on n’est pas malheureux de retrouver, après s’être fait gifler par mille bourrasques

Puis deux kilomètres plus loin, on retrouve nos chères Pyrénées. Plaisanteries mises à part, nos incursions plus maritimes que d’ordinaire ne nous firent point oublier ces lochs débonnaires, si semblables à nos lacs Alpins

J’aimerais pouvoir dire qu’elle fut notre dernière route dans les hautes terres. Naturellement, tel ne fut pas le cas. Il nous restait maintenant à faire route en sens inverse. Ainsi, cap sur Glasgow!

Nous voilà sur la côte de Port Glasgow, après une nuit délicieuse à Kilwinning.

L’entrée du parc du château de Kelburn annonce la couleur: ça ne pas être triste. Et comme nous sommes au comble de l’affliction d’avoir à quitter ce pays tant aimé, on préfère terminer la course le nez dans les fleurs…

Le château a été repeint à la mode Brésilienne: J’avais cru qu’il s’agissait d’un spot Urbex, mais quelle fut ma surprise de constater la tournure très officielle du Kelburn et ses jardins.



Quel beau jardin pour un adieu! Nous aurons savouré jusqu’à la dernière goutte de cet étrange et fascinant voyage. Jamais, depuis l’Islande, nous n’avions éprouvé un si vif attrait, une passion si palpitante. En cause, la beauté moyenne des paysages, rien n’entravant le caractère sauvage et indomptable des Highlands. Par ailleurs, le mois de mai était très bien choisi.

J’ai quand même passé un quart d’heure à me retirer des tiques au couteau, alors que jamais, ô grand jamais je ne m’étais soucié de ces petites bêtes, même quand je travaillais en forêt, donc ces araignées représentent un sujet préoccupant pour qui veut affronter les tourbières d’Ecosse. Les tiques constituent une menace invisible, du moins très discrète, qui a fini, dans notre cas, par nous déborder. Parce qu’à force d’être piqués, on s’interroge fatalement sur les conséquences, et il peut y en avoir (non seulement Lyme mais d’autres maladies comme l’encéphalite), aussi randonner en toute insouciance au printemps dans ce pays comme on l’a un temps cru (c’est la saison de reproduction) relèverait d’une naïveté coupable. Il a fallu une semaine pour s’en rendre compte, mais échapper aux midges c’est peut-être aussi se livrer aux tiques.



