Doubs Jura (Saison 3)

Doubs Jura (Saison 3)

Trois jours après son marathon, Najate se sent fin prête pour « filer Doubs ». Entre deux dépressions nuageuses et précipitations soutenues, on parvient à se glisser pour gratter quelques heures de soleil. Un peu plus, et on aurait fini par troquer son treillis contre une tenue d’été, genre bermuda et chemisette! Au fil des saisons, le Doubs ne nous déçoit pas. Non, décidément, le Jura porte bien son nom! Si l’on prend en considération, le patrimoine, la gastronomie et les sorties natures, on en ferait même notre région de cœur du moment. Quoi de mieux pour se mettre au vert qu’un paradis moussu à crinière de pluie?

Mon premier pas hors la Dacia s’accompagne d’un bruit mou et gluant, d’un genre de SPLOUTCH peu ragoutant, qui servirait d’avertissement à toute personne dotée d’un minimum de bon sens. Sans doute aurais-je du prêter attention à ce SPLOUTCH, mais non, je suis parti arpenter la pampa, à la recherche de la Pisseure, dans la jolie commune de Beure. Seulement, primo, c’est dans le sol qu’on s’enfonce comme dans du beurre, et secundo, on n’y voit rien dans les brumes vagabondes. Pour tout dire, on patauge. Le S.U.V, à peine sorti de l’usine, est déjà mis à l’épreuve: Il s’enlise sur des petites routes de terre, s’embourbe à chaque virage. Fin avril, c’est limite on se gèle les miches. Le mercure se hisse péniblement à 4°. Encore un effort, et il montera peut-être à 5, comme la nuit dernière!

En ces contrées fraîches, légèrement paumatoires, l’emplacement sur les cartes est erroné, voire fantaisiste. A commencer par Google earth, qui n’a déjà plus rien de terrestre. On doit tout faire soi-même, flairer le coup, se mouiller les pieds – c’est le jeu. Même un tout petit saut situé à 2 pas du village de X peut vous donner des sueurs froides et vous faire tourner en bourrique longtemps. Or, c’est ce qui nous est arrivé à la cascade de Pisseure, inconnue au bataillon, puis à celle du Bout du monde, jamais vue aux douches. On peut toujours demander son chemin aux gens du cru, pour peu qu’ils sortent le bout de leur nez, il y en aura bien un pour vous rancarder. Mais il faut croire que les passions ruisselantes sont l’apanage des étrangers, voire des pérégrins. Les plaisirs simples sont le dernier refuge des gens compliqués. Comment ne pas donner raison à Oscar?

Converser avec une vache est déjà l’essence-même de la philosophie transcendantale, quant à converser avec un troupeau!

On retrouve nos arbres-araignées, aux ramures inquiétantes, signature du Jura…

La pluie change le sentier en toboggan de compétition, mais on arrive enfin à une cascade. Pour résumer, on a perdu la trace de la Pisseure, du Bout du Monde, échoué à dénicher le ruisseau de Valbois, mais la cascade de la Tuffière nous réconforte un peu. Encore une fois, certaines de ces beautés ne figurent sur aucune carte IGN (ni sur coordonnées GPS), alors il faut se munir de patience et d’un bon bâton de sourcier.

La Tuffière s’étage en plusieurs sauts. On remonte jusqu’au saut final avec l’impression d’être venu au bon endroit, au bon moment. En effet, elle dégouline de partout!

C’est une première petite victoire pour nous, et une grande satisfaction

On ne s’attendait certainement pas à une chute si spectaculaire en entamant notre périple matinal, au départ de Châteauvieux-Les-Fossés. D’après ce que j’ai pu lire, la Tuffière a un débit capricieux. Autrement dit, mieux vaut guetter les jours de pluie et accourir le lendemain.

La cascade de Raffenot, indiquée au départ du sentier, contrairement à la Tuffière, nous emballe moins, bien qu’elle soit plutôt grâcieuse dans son style

Après s’être gentiment dégourdi les jambes, on se promène un peu dans le village de Lods

Nous retournons à Mouthier-Haute-Pierre, départ de la célèbre randonnée fluviale de la Loue, par les sources du Pontet (réalisée l’an dernier). Cette fois, nous prenons le temps de flâner dans les ruelles, de chiner un peu et de goûter quelques spécialités locales. Tout y est délicieux! On peut même jouer au ping-pong à l’épicerie de Jade, les raquettes sont fournies!

Il faut dire, quel joli patelin… La faible densité humaine y rend les gens paisibles et amènes.

Une chute plutôt fameuse jaillit de la muraille, au bord de la route

Plus bas, elle se déverse ainsi, glissant sur les tufs

La cascade de Syratus s’étire sur plusieurs sauts à flanc de falaise, dans la reculée bordant la Loue. Le sentier conduisant à ses sauts supérieurs est accidenté, très engorgé, il impose de mettre les pieds dans l’eau.

C’est vrai qu’on songerait bien à s’installer ici, si-il n’y avait pas le travail, pour assouvir notre passion de l’eau (des ruisseaux, des torrents, des lacs et des cascades) tant la région regorge de merveilles… Entre le Doubs et l’Ain, notre cœur balance. Mais la région d’Ornans nous inspire décidément beaucoup…

Nous nous lançons à la découverte des cascades de la Peusse et de la Baume Bourla, sur un sentier boueux, le long du ruisseau de l’Eugney. La végétation pétrifiée par les eaux calcaire agrémente le parcours.

Est-ce la cascade de Baume Bourla? Difficile à dire. A priori, on pense plutôt l’avoir loupé.

L’ancolie encore à éclore

Première cascade de la Peusse

L’étrange bloc de tuf semble greffé à la roche, comme prêt à se décrocher

Seconde cascade de la Peusse

Retour dans la lumière du soir qui tombe

Nuit à Ornans

Le lendemain matin, divine surprise: Le ciel est bleu au-dessus des ponts et des tourelles. Nous passons visiter Cleron, toujours dans la vallée de la Loue.

Le château, datant du XIIème siècle, a fière allure. Privé, il ne se visite qu’en été.

Paisibles berges de la Loue

Plancher des vaches

Ornans, après la visite du musée Gustave Courbet

Encore Ornans, dans son écrin de feuilles

A présent, un peu d’urbex. Cette église, enfin cette façade d’église (il n’y a en effet plus rien derrière), est tout ce qui reste du village de La Villedieu, rayé de la carte pour raisons militaires, le 1er juin 1926. Il ne reste hélas plus grand chose de la commune, sinon ce clocher solitaire, dépareillé de sa toiture Comtoise et flanqué de stèles. Il en est une, d’ailleurs, qui rend hommage à deux soldats, tués à l’entraînement. Un peu lunaire non?

Le Val de Consolation, situé dans le cirque du même nom, a, quant à lui, connu un tout autre destin…

Le cirque est un lieu bien connu, et bien fléché, où viennent se rafraîchir les familles Comtoises. Nous sommes tout près de la frontière Suisse, les accents de l’est s’accusent un peu. Cela dit, la sauvagerie des gorges nous enchante rapidement, de nouvelles cascades nous attendent

Sur notre gauche, nous avisons la première chute, qui n’est pas vraiment un saut (plutôt un toboggan). Il s’agit de la cascade du Tabourot.

Le fond du cirque était censé nous dévoiler la cascade du Lançot, la Grande cascade (!!!), hélas totalement à sec

C’est un comble, avec ce qu’il a plu! Qu’est-ce qu’il lui faut à celle-là! (PS: Apparemment les cascades d’ici sont alimentées par les nappes phréatiques, la fonte des neiges, ce qui rend l’absence du Lançot plutôt troublante)

Nous nous en retournons au monastère du Val, prodiguant sérénité et consolation (snif)

Une brève onction dans l’édifice nous revigore, et nous repartons bourlinguer

En route pour un retour aux sources… du Dessoubre

Magique crapahut dans les mirages de la nature, les gorges secrètes, les dessous du Dessoubre

La canopée griffue et le chant du ruisseau…

Une véritable jungle qu’on ne franchi qu’en chaussons

On resterait une éternité à cette heure de la journée dans les satins moussus du Doubs

Un pont plutôt risqué…

Un peu plus haut, on arrive à la cascade des sources du Dessoubre, juste au bord d’une petite route…

On peut accéder au pied de la cascade par un petit parcours dans les rochers, enjambant des grottes…

 

Nous conclurons cette deuxième journée par l’illustrissime Saut du Doubs, qui nous laissera légèrement de marbre

C’est l’heure de partir, déjà! C’est fou ce que l’on peut faire, l’espace d’un week-end.

Au départ, nous avions pensé partir 3 jours, mais la météo en a décidé autrement. Par ici, quand il pleut, ça ne fait pas semblant. Or, le dimanche s’annonçait gris et orageux, et on a filé doux; Cela dit, on a eu beaucoup de veine hein: 2 jours de beau temps sur 3, en ce milieu de printemps agité, c’était presque inespéré. Résultat des courses, les rivières étaient gonflées (les cours d’eau réagissent comme dit le présentateur météo), la nature très épanouie nous a, d’un bout à l’autre, régalé. Seul petit bémol: Le Saut du Doubs, pas indispensable, sauf si on passe dans le coin. Et ce petit retard à l’allumage qui nous a fait louper pas mal de chutes, parmi lesquelles le Saut de Bonneille, la cascade de Valbois, de l’Audeux, de la Pisseure et du Bout du Monde. Allez qu’importe! Il nous en restera plus à découvrir pour une prochaine virée!

 

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